Pour sa 20e édition, le pari du Cabaret Vert était osé : rencontrer un succès de foule, tout en poursuivant sa transition écologique, et tout ceci malgré un contexte économique peu propice aux événements festifs.

En France, comme en Belgique d’ailleurs, les patrons de festivals n’affichent pas toujours un sourire aux lèvres lorsqu’ils évoquent le bilan de l’édition de leur « bébé », surtout depuis cette foutue pandémie qui marque, c’est indéniable, un tournant dans le monde de la musique.

Une voire deux édition(s) passée(s) à la trappe, des artistes qui ne cessent de réclamer des cachets en constante élévation, des frais de fonctionnement qui explosent, un soutien de moins en moins affirmé de la part des élus, et même de certains supports locaux pourtant historiques, un public qui se plaint de l’augmentation du prix des tickets et d’autres postes comme le catering … quel casse-tête pour les organisateurs.

Ceux du Cabaret Vert l’ont compris depuis belle lurette, la survie passe par une constante évolution et adaptation, que dis-je, anticipation, des besoins et attentes du public.

A Charleville Mézières, on n’a pas attendu que la sonnette d’alarme atmosphérique nous rappelle que la Terre souffre pour prendre des dispositions. On mise sur le Vert, et cela, c’est une condition sine qua non. Le dire, c’est bien. Agir, c’est mieux.

Depuis plusieurs années, le Cabaret Vert a mis le pied dans l’engrenage en misant sur la mobilité douce et les transports en communs, en limitant au maximum les trajets inutiles en achetant local (food / boissons/ …), en favorisant le tri sélectif et en réhabilitant des sites naturels (les abords de la scène Greenfloor) ou des anciennes usines puisque la Macérienne va revivre prochainement grâce à plusieurs projets en cours de finalisation.

Et cette fois, on a poussé le curseur encore un peu plus haut avec la gestion de l’électricité, sur le site, pendant le festival, mais aussi à long terme. Nous vous renvoyons à nos articles précédents concernant ce point précis.

Tous ces aspects, à eux seuls, pourraient déjà être source de contentement, mais il est clair que les quatre jours de l’édition annuelle du festival constituent le point d’orgue où se décide l’avenir de l’organisation.

Un tel événement ne peut en effet pas se permettre de virer dans le rouge à plusieurs reprises, or 2025 n’était pas une édition faste en termes de recettes financières.

On a entendu et vu de nombreux commentaires qui affirmaient que l’affiche 2026 était moins attirante que celle des éditions précédentes. L’inquiétude aurait donc pu poindre à l’horizon. Mais au décompte final, vous étiez 106 000 festivaliers sur l’ensemble du long week-end, avec une jauge maximale pointant à 32000 le samedi.

Cela représente, à titre de comparaison, 6000 tickets écoulés en plus que lors de l’année précédente.
Il semble donc que l’équipe de programmation n’avait pas vraiment loupé son objectif, au contraire.

La presse nationale a loué les prestations de Théodora et Nick Cave, nous aborderons plutôt d’autres artistes, parfois moins attendus ou moins connus, mais qui ont proposé des shows de qualité, parfois détonnant. Personnellement, on a kiffé grave le jeudi, qui était pourtant le jour le moins prisé vu le nombre de personnes présentes sur le site (c’était la moins grosse affluence de cette année).

Le rock, pourtant style historique du festival, ne ferait-il plus recette ? On voit que les générations s’entrecroisent au Cabaret Vert et que les festivaliers originels semblent laisser leur place à leurs rejetons, plus friands de rap et de hip-hop, soit les genres musicaux mis en avant le samedi.

Pourtant, rien à dire, le line-up du jeudi était alléchant et les riffs de guitares ont résonné sur la plaine comme aux meilleures heures des années 90. Deftones, premier groupe international à avoir accepté l’invitation du CV dès 2009, était attendu et a répondu présent.

Mais un autre groupe à l’expérience non négligeable, Bodycount, appuyé par la prestation du rappeur-acteur Ice-T, a marqué les esprits. Et que dire de l’énergie de Turnstile ? Débordante, comme on l’aime. On y ajoute les sons saturés de Last Train et Rise of the Northstar et il ne manquait plus qu’une fin de soirée festive avec Ultra Vomit pour ravir les amateurs du genre.

Ces prestations et d’autres, produites durant ce long week-end, seront décortiquées très prochainement, mais le Cabaret Vert n’est pas qu’un festival de musique. On y trouve des conférences-débats (à l’Estaminet), des expositions (in et extra muros), des projections cinématographiques et un coin BD qui a vu passer plus de 13 000 festivaliers en son sein.

Faites le calcul, plus de 12% du public du Cabaret Vert a franchi les portes du gymnase pour rencontrer les auteurs / coloristes / dessinateurs présents. On peut assurément dire que l’équipe de Laurent Quesada a contribué au succès de l’édition 2026 du CV.

De la quantité, de la qualité et des idées, voilà un cocktail qui réussit vraiment au Cabaret Vert, qui a déjà annoncé une édition 2027, aux mêmes dates.

Les grincheux relèveront que Gringe et Charlotte Cardin n’ont pas été remplacés, mais il n’est pas toujours possible de décrocher un artiste en dernière minute, surtout pour évoluer sur la scène principale. On leur souhaite un prompt rétablissement et rien ne dit qu’ils ne feront pas un petit crochet par le festival en 2027 pour conjurer le sort. On a bien eu la visite (presque) surprise de Jain le dimanche sur la scène la plus cosy du site, la Zion Club. Le Cabaret Vert a donc soufflé ses vingt bougies, dans la joie et l’allégresse, asseyant un peu plus encore son emprise sur la région. Oui, le Cabaret Vert fait partie intégrante du paysage, et ce n’est pas prêt de changer.























