La musique règne en maître sur Charleville-Mézières lorsque le Cabaret Vert branche enceintes et amplis autour de la Macérienne. Le festival s’est en effet, au fil des ans, forgé une réputation qui dépasse largement les limites du département. Sa notoriété est désormais aussi internationale que ses affiches. Il faut dire qu’en 19 éditions, les organisateurs n’ont produit aucune fausse note, développant méthodiquement chaque secteur d’activité pour en tirer le meilleur parti, sur les plans écologique, stratégique, qualitatif mais aussi, cela va de soi, financier.
Le line-up complet de cette 20e année vous a déjà été dévoilé. Mais le Cabaret Vert ne se distingue pas que par la qualité des services des proposés, il se différencie aussi des autres événements du genre par la diversité de l’offre, et je ne parle pas que des quatre espaces scéniques disséminés à travers le site.
Le Cabaret Vert offre en effet un beau panel musical, mais les organisateurs ont voulu, dès le début de l’aventure, que d’autres arts se joignent à la fête. Ainsi, le cinéma n’est pas oublié. Au même titre qu’une activité artistique très prisée en Belgique : la bande-dessinée.
Et oui, la BD va également fêter ses 20 ans de Cabaret Vert. Un événement qui ne passera sans doute pas inaperçu car le festival a mis les petites bulles dans les grandes pour l’occasion avec de nombreuses activités et des cadeaux non négligeables pour les festivaliers.

Pour nous présenter le programme de cette branche du festival, nous avons la chance de pouvoir compter sur l’intervention de Laurent Quesada, THE programmateur BD.
Laurent, pourriez-vous tout d’abord vous présenter à notre public ? Quel est votre lien avec le festival et votre implication dans le développement de la branche BD ?
« Je suis là depuis le tout début… ou presque. J’avoue, j’ai manqué la toute première édition, qui regroupait 4 auteurs, tous Ardennais. Mais dès l’année suivante, j’étais sur le site comme festivalier. C’est d’ailleurs en tant que spectateur lambda que je suis venu jusqu’à la 8e édition. Puis j’ai franchi le pas en intégrant l’équipe des bénévoles. L’un des piliers de notre organisation car sans eux, il n’y aurait rien de possible ».
« A ce moment-là, les espaces musique et BD étaient dissociés et il faut bien avouer que le temps de passer à la vitesse supérieure était arrivé. Il était question de survie pour cet art qui manquait de visibilité. Tel le village gaulois décrit dans Astérix, nous étions entouré de notes de musique sans pouvoir réellement exister dans le paysage. Dès la 10e édition, nous avons mis en place un véritable espace pour les dédicaces et instauré des événements hors-murs (expositions, rencontres, présentations d’albums … le tout à l’extérieur du festival, chez des partenaires ou musées de la région). Dès le lancement de ces projets, « Plume et bulle » et « Bédérama » ont joué le jeu à fond, ce qui fut un réel soutien de poids ».
« Il restait toutefois un souci majeur pour moi, séparer les entrées des divers espaces n’avait pas de sens. Certains doivent me maudire depuis, mais j’ai en effet obtenu dès 2019 que tous les arts soient regroupés sous une même bannière et un même ticket donc, ce qui propulsait le Cabaret Vert au rang de festival BD le plus cher, assurément, mais permettait en contrepartie un échange perpétuel entre tous les arts et artistes invités sur le site ».
Concrètement, voyez-vous les retombées de ce mélange de « cultures » au quotidien ?
« Oui. Il y a évidemment des inconditionnels d’un artiste qui resteront toute la journée devant la scène en attendant leur idole, et des bédéphiles avisés qui ne quitteront pas le gymnase sans avoir obtenu toutes les dédicaces qu’ils peuvent collecter, mais de plus en plus de festivaliers passent désormais chez nous entre deux concerts. Et cela ne concerne d’ailleurs pas que le public. En 2024, le groupe Justice se produisait sur la scène Zanzibar pour un show très attendu. Ce duo est toutefois amateur de BD, et plus particulièrement de l’oeuvre de Frank Margerin. Lorsqu’ils ont appris que cet auteur était justement l’un des invités du week-end, l’un des deux est venu incognito et finalement monsieur Margerin s’est rendu dans leur loge pour un moment magique. Et l’an dernier, c’est l’incomparable Zaho de Sagazan qui est venue nous rendre visite. L’un des artistes l’avait « croquée » et lorsqu’elle a vu ce dessin, cela a attisé sa curiosité. Son échange avec les auteurs fut mémorable, au point que nous ne pouvions la laisser repartir sans un présent significatif, un exemplaire d’un tome de la série « Les vieux fourneaux ».

« Cette année, le rock version Reinhard Kleist mettra à l’honneur trois chanteurs dont un certain Nick Cave et l’album « Radio Club » évoque la rencontre du scénariste, Alex Jordanov et d’un jeune rappeur à cette époque connu désormais sous le pseudonyme de Ice-T, deux chanteurs qui seront présents sur les planches. Je dis ça au cas où l’un d’entre eux viendrait faire un crochet par le coin BD ».
Revenons sur un point évoqué voici peu, le concept du « Hors-murs » qui est une sorte de prolongation du festival dans la ville, et même un peu plus loin encore.
« Oui, la plupart des sites sont accessibles à pieds à partir du festival, sauf le Musée Guerre et Paix qui est à Novion-Porcien, soit à 20 min en voiture ».
Voici l’annonce presse que nous avons reçue :
La BD s’invite au musée
À l’occasion du Cabaret Vert, ce sont toutes les Ardennes qui s’enamourent de la BD. Le Musée Guerre et Paix (Novion-Porcien) ouvre ses portes pour l’exposition « Dessiner l’exil d’hier et d’aujourd’hui », dans laquelle Pau (Les 5 Drapeaux), Adeline Casier (Em Silencio) et Lucas Vallerie (Traversées), à travers leurs œuvres, parlent de ceux qui sont contraints de quitter leur terre, dans l’espoir d’un avenir meilleur. À quelques encablures du festival, partez sur les traces de Rimbaud à la Maison des Ailleurs (Charleville–Mézières), qui dédie une exposition à la BD Voleur de feu, de Damien Cuvillier. Il partagera son processus créatif lors d’une visite guidée le samedi, et d’un atelier-rencontre le dimanche.
« C’est en effet une partie du programme, car on pourrait aussi évoquer le vernissage de l’exposition « Rock Icons » qui sera l’occasion d’entendre les premières mélodies puisqu’il s’agira là d’un concert dessiné en présence de l’auteur allemand, Reinhard Kleist »
En voici la présentation officielle :
La Médiathèque Voyelles consacre l’exposition « Rock Icons » aux légendes Johnny Cash, David Bowie et Nick Cave, dont les destins hors du commun sont immortalisés par Reinhard Kleist. Une occasion unique de se plonger dans l’histoire de Nick Cave, avant de le retrouver en chair et en os le vendredi. Mercredi 19 août, les voix du duo Juncker- Vaillant se mêleront aux coups de feutre de Kleist, lors d’un concert dessiné. Une expérience immersive, inédite et gratuite pour les festivaliers, sur le principe du premier arrivé, premier servi !
« Ou encore l’expo organisée chez notre partenaire Plume et Bulle sur le thème de la série « Etincelle ». Elle est très bien documentée avec notamment des panneaux didactiques et la présence de dessinateurs qui dédicaceront leurs œuvres, cette fois sans devoir s’acquitter du droit d’entrée au festival, ce qui montre que l’on peut aussi en profiter à moindres frais ».
Depuis quelques années, le Cabaret Vert est devenu une référence en matière de BD également par sa quantité d’auteurs/autrices mais aussi par la qualité du choix de ceux-ci. Comment expliquez-vous cette reconnaissance du public, mais aussi de la profession ?
« Cela s’est forgé au fil des ans car nous avons toujours voulu que les passionnés de BD fassent partie intégrante du festival. Notre réseau est loué au niveau musique, mais côté BD, nous ne sommes pas en reste, ce qui nous permet parfois de convaincre des artistes qui se font rares dans leurs sorties publiques. Ce fut le cas avec Charlie Adlard (X-Files, The Walkind Dead…) notamment. Cette année, nous aurons encore des pointures avec Didier Tarquin (Lanfeust, UCC Dolorès…), Jérôme Alquié (Saint Seiya – Time Odyssey, présenté comme une relecture des chevaliers du Zodiaque) ou encore l’Américain Craig Thomson qui ne vient quasi jamais en France ».
La BD au Cabaret Vert 2026 en chiffres
62 auteurs dont 2 régionaux
+ de 160 séries BD présentées
600 heures de dédicaces sur 4 jours et 7 séances de dédicaces hors les murs
4 expositions hors les murs
3 Prix BD : Tout Public, Jeunesse, Connaissance
4 tables rondes / masterclass
1 atelier manga
1 chasse aux trésors avec le Journal Spirou
… et plein d’autres surprises !
Puisque le Cabaret Vert est quand même (aussi) connu pour ses concerts, quels sont pour vous les 5 albums présentés lors de cette édition qui font le mieux le pont avec l’univers musical ?
« Avec ces critères, je dirais :
- Radio Club de Clero Ké qui décrit l’univers parfois très troublé du rappeur Ice-T
- Rock’n’roll suicide de Louise Laborie
- Woodstock 69, le concert du siècle de José-Luis Munuera
- Rock’n’roll de Baru
Et l’un des albums de Reinhard Kleist, au choix puisque les trois présentés ici auront rapport à la musique rock (Nick Cave, Mercy on me / Johnny Cash / Starman, Les Années Ziggy)
« Mais le festival vous réserve un cadeau particulier qui pourrait rentrer dans cette catégorie avec une édition spéciale du journal de Spirou. Une édition collector de 52 pages au sein desquelles certains personnages emblématiques vont être mis en situation sur le site même du festival Cabaret Vert. Et ce sera…gratuit. C’est en effet l’organisation qui a pris en charge les coûts de production. Nul doute que les amateurs se l’arracheront (enfin au second degré évidemment)« .
Le journal de Spirou en édition spéciale. Et en version carte au trésor également parait-il ?
« Exactement. Afin d’augmenter encore les synergies entre ces deux mondes qui ne sont donc pas si éloignés, la musique et la BD, une chasse au trésor sera effectuée sur le site ».
Selon le synopsis, Spip, fidèle compagnon de Spirou (c’est un écureuil, rappelons-le) a perdu 4 noisettes en chemin. Celles-ci sont disséminées sur le site du festival. A chaque noisette correspondra une énigme. Résolvez les 4 énigmes et à vous la fortune. Ce ne sera pas un coffre de pirates, mais bien évidemment des lots en rapport avec la BD et le festival, à retirer au gymnase, coin stratégique du monde de la BD.
Comme vous le voyez, le festival a mis sur pieds de nombreuses activités en lien avec la BD. Et encore, nous n’avons pas abordé le thème principal de cette année, le Japan Corner, ni la désignation du prix du public car oui, cette fois, c’est bien vous qui allez désigner le vainqueur. On vous explique cela dans quelques instants, mais tournons-nous d’abord vers ce Japan Corner.

Il y a deux ans, c’était Kid Paddle la star de la librairie. L’an dernier, Goldorak y a fêté ses 50 ans avec Capitaine Flam. Cette fois, on met à l’honneur la culture nippone (oui, je vous venir, Goldorak, il vient d’où… on est d’accord). Pour l’occasion, tout le monde pourra participer à l’ambiance. Certains dessinateurs ont des ouvrages résolument ancrés vers ce pays. C’est le cas évidemment de Jérôme Alquié (Les Chevaliers du Zodiaque, Time Odyssey – Capitaine Albator, Mémoires de l’Arcadia) mais aussi de Julien Motteler (Ketsudan), Senchiro (No Devil) ou encore l’Atelier Sentô (Tokyo Mystery Café).
Pour Brigitte Lecordier, la parenthèse est ailleurs. Son ouvrage ne parle en effet pas du Japon ni de la culture de ce pays, mais elle représente la voix française de Son Goku et Son Gohan. Difficile de ne pas voir le lien avec le Japan Corner…
Et puis il y aura la « public touch » puisque vous êtes invités à venir au festival le samedi en tenue cosplay pour ceux qui qui voient de quoi l’on parle. L’organisation pourrait vous récompenser pour votre tenue. A bon entendeur…

Petit aparté avant d’aborder le thème des prix qui seront attribués, Gringe sera présent le 21 août (et oui, ce jour-là seulement, contrairement à Gaet’s qui sera là les 4 jours) pour dédicacer son tout nouvel ouvrage, « Ensemble, on aboie en silence ». Pourquoi est-ce particulier ? Et bien il s’agit d’une avant-première puisque l’album sortira dans les commerces en septembre seulement.
Nous vous invitons à parcourir le site du festival afin de découvrir les autres activités que nous n’avons pas décrites ici (masterclass de Arthur De Pins, arbre à palabres, atelier modèles vivants, le ticket d’or… ) car le Cabaret Vert va vous choyer cette année encore.
Nous arrivons donc aux prix, qui seront comme les années précédentes, au nombre de 3.
Pour ces trois catégories, une pré-sélection a été effectuée et trois ouvrages restaient en compétition dans chaque branche.
La catégorie Connaissance est réservée à des œuvres qui appellent à l’éveil des consciences sur les grands défis de notre siècle. Les thèmes abordés cette année sont la surpêche, l’agriculture intensive et ses dérives, la nécessité de protéger la nature et de se reconnecter à notre humanité au travers des albums : Champs de bataille – On a mangé la mer – Traversées.
C’est un jury d’experts qui attribuera le prix après concertation.
La catégorie Jeunesse s’adresse aux enfants. C’est d’ailleurs un panel de 1500 élèves de 10 à 13 ans faisant partie d’écoles françaises mais aussi belges qui a voté pour élire le grand vainqueur. Les trois ouvrages sélectionnés sont : Etincelle / Anta, les voix de l’océan / Golem Nanny.
La catégorie Tout public vous concerne plus particulièrement puisque le vote est ouvert (jusqu’au 10 juillet) sur le site du festival (rubrique BD, icone prix du festival). C’est gratuit évidemment. Les trois albums encore en course sont : Impact / Les poissons, eux, ne pleurent pas / Les papillons ne meurent pas de vieillesse.
Rendez-vous sur le site : https://cabaretvert.com/prix-bd-2025/

























