6 juin 2026

« Love & Anxiety » : la porte du nouveau monde de Skip The Use.

Formé en 2008 dans le nord de la France (Ronchin – métropole lilloise), Skip The Use est un groupe de rock atypique car mélangeant finalement de nombreux styles musicaux comme le punk, l’électro, le hip-hop ou encore le funk.

Un groupe engagé, spectaculaire sur scène et prolifique (Love & Anxiety est leur 6e album studio), mais qui n’a pas toujours vogué sur une mer calme.

Après ses trois premiers opus, le groupe décide en effet de se scinder (2016) et Mat Bastard, chanteur et leader originel, quitte même la France pour s’établir aux Etats-Unis.

Les mois passent et aucune fumée blanche n’apparaît à l’horizon. Toutefois, en mai 2018, Mathieu-Emmanuel Monnaert, alias Mat Bastard (né le 7 novembre 1979 à Bruxelles, soulignons-le) rassure les fans en annonçant, lors d’une interview, qu’il travaille avec son complice initial, Yan Stefani, sur un nouveau projet pour Skip The Use.

Mat Bastard et Skip The Use au Cabaret Vert en 2023 – ReMarck Photos.

Tel un phénix, le groupe renaît de ces cendres encore tièdes, en 2019, mais perd en chemin trois de ses membres, Jay Gimenez, Lio Raepsaet et Manamax Catteloin. En revanche, le duo restant accueille Enzo Gabert (batterie) et Nelson Martins (basse).

Deux nouveaux albums voient le jour avec cette configuration new-look en 2019 et 2022, sorte de seconde vie pour cet animal hybride aux têtes multiples. Mais en 2023, le groupe annule plusieurs concerts, ce qui ne rassure pas les amateurs du band lillois. Mat reste toutefois en France, cette fois-ci, même s’il se diversifie en mettant sur pied une société de création musicale et d’organisation d’événements, tout en rejoignant une radio bien connue de l’Hexagone, en tant qu’animateur cette fois.

Il y a donc des signaux d’alerte, mais moins préoccupants qu’en 2016. Le groupe rassure d’ailleurs rapidement le public avec l’annonce d’un projet ambitieux qui vient de paraître en avril (notons que deux singles ont déjà été publiés le 07 novembre 2025). Cet aboutissement s’intitule « Love & Anxiety ».

Skip The Use sort un 6e album studio – (c. photo) Nicko Guihal

En voici la présentation officielle :

Combien de fois avons-nous entendu un artiste parler de nouveau départ à l’heure de présenter son dernier projet en date ? Qu’à défaut de faire table rase du passé, rien désormais ne serait plus pareil, qu’on allait voir ce qu’on allait voir… Sauf qu’à écouter Skip the Use évoquer avec cette ferveur dont le groupe est coutumier ce « LOVE & ANXIETY » nouveau, sa confection, les réflexions qui l’y ont conduit, c’est bel et bien l’image d’un boxeur remettant son titre et sa ceinture en jeu qui saute aux yeux. “C’est peut-être la première fois depuis Can Be Late, notre premier album, où nous avons eu et pris le temps de nous poser, voire de faire un break, afin de penser en amont à ce que nous voudrions dire dans un nouvel album, explique Mat Bastard, la voix à plus d’un titre de Skip The Use. Il était temps de passer un step, un cap”.

 « LOVE & ANXIETY », donc. La lumière et la noirceur. La générosité et l’égoïsme. Le calme et la rage. On pourrait continuer longtemps comme ça. Comme deux têtes d’une hydre qui tirerait les ficelles du quotidien, de nos contradictions en tant qu’être humain. Deux entités qui vivraient plus côte à côte que l’une contre l’autre, quitte à prendre le dessus à tour de rôle selon les thèmes et les humeurs abordés dans les chansons. 

Mat eut même un temps l’idée de quantifier ce rapport des forces, à définir le pourcentage de l’un et l’autre d’une chanson à l’autre. Mais toujours avec l’envie de rester au plus près du concret. “C’est aussi parce que nous avons tous des vies qui nous ont ancrés dans le réel que Skip est vraiment un groupe, assène Mat à ce sujet. Pour écrire sur la réalité, il faut aussi la vivre. Nous n’avons pas peur de dire les choses clairement, de se mettre en scène, de se faire violence, de se faire du mal pour faire des choses et qu’elles se produisent.”

 Ce leitmotiv n’aura cessé de faire la sève du parcours de Skip The Use, que ce soit sur « Can Be Late » (2012), « Little Armaggedon » (2014), « Past & Future » (2017) ou encore « Human Disorder » (2022). Une philosophie qu’il aura défendu lors de ses centaines de concerts, parfois même lors de premières parties a priori “iconoclastes” où il s’agissait encore moins de flancher (Johnny Hallyday au Stade de France, Muse au Stade Charles Ehrmann à Nice, Royal Republic au Zénith de Paris plus récemment, Trust, Rage Against the Machine…). On pourra d’ailleurs les retrouver au Zénith de Paris Le 5 décembre 2026 ainsi qu’au Cirque Royal à Bruxelles en février 2027. Pas étonnant que cet ADN rageur et déterminé ait trouvé du répondant auprès du public (disque de platine pour « Can Be Late », disque d’or pour « Little Armaggedon ») comme auprès de la profession (Victoire de la Musique en 2013 dans la catégorie album rock de l’année pour « Can Be Late », nomination en 2012 en tant que révélation, nomination encore en 2015 pour « Little Armaggedon » dans la catégorie album rock).

 On l’aura compris, « LOVE & ANXIETY » est un album résolument planté dans son époque, avec tout ce que celle-ci peut comporter de bon et de très mauvais. Punk, electro, hip-hop, pop, funk, Skip The Use ne s’est jamais rien interdit et rappelle combien, si besoin était, que ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer. Une pointe de reggae-ragga sera même au programme cette fois-ci sur le morceau “ANXIETY”, quand cette envie permanente de tenter, de s’ouvrir, de partager aussi, ne se traduit pas par un featuring comme celui de Shayne (grand vainqueur de la saison 4 de l’émission Nouvelle École) venant prêter son flow sur “BULL”.

Partir un peu dans tous les sens – mais pour toujours retomber sur ses pieds –, Skip The Use l’assume, le revendique, le provoque. “Notre seule guideline, ce sont nos tripes”, résume-t-on collectivement dans l’assemblée.

 Skip The Use dépote et cajole, défie crânement ce qui lui sort par les yeux et prend par la main ceux et ce qui compte pour lui. “DISTORTER” vous saute d’emblée à la gorge avec son punk “vénère” qui renverrait presque aux années où Skip The Use s’appelait encore Carving tandis que, dans la foulée, “WE ARE GOOD” cherche davantage à vous amadouer avec son beat et son refrain imparables. Ce ne sera que le début d’une virée en Grand Huit ardente, fiévreuse, quasiment sans répit.

 «LOVE & ANXIETY ». L’amour finit toujours par l’emporter ? Il vous faudra aller jusqu’au bout du périple pour le savoir. Vous n’aurez pas à le regretter de toute façon.

Photo promo – (c. photo) Jauris Bardoux

« LOVE & ANXIETY », titre par titre, commenté par le groupe

1. OPEN YOUR EYES (Intro) 

“C’est l’heure des présentations, en trente secondes, du moins pour le personnage d’Anxiety, avec sa voix d’outre-tombe” 

2. DISTORTER 

“C’est notre fondation, là d’où nous venons : le punk, le metal, le hardcore. Notre fondation d’expression, de rébellion.” 

3. WE ARE GOOD 

“C’est une chanson qui parle de la jeunesse, comme une envie de s’adresser à cette chorale de petites filles qui chantaient sur “Ghost” il y a treize-quatorze ans. Elles doivent en avoir aujourd’hui 20 ou 25. Qu’ont-elles à nous dire ? Et quoi faire de notre côté, sinon les écouter ? Et peut-être nous excuser. Dire “We Are Good”, c’est une façon de nous excuser…” 

4. SAY THAT YOU LOVE ME 

“C’est une histoire d’amour, même si elle est biaisée, qu’elle n’existe pas. Ou plus. Tu te fous si les mots sont faux, tu le sais d’ailleurs parfaitement, mais tu as juste besoin de les entendre. Besoin pour te reconstruire, pour aller de l’avant.” 

5. ANXIETY 

“L’idée est de réussir à se lever en se disant que l’on va y arriver aujourd’hui, quelle que soit la nature de ce que tu as à faire, ambitieuse ou insignifiante, de ne pas laisser cette anxiété te paralyser et réclamer sa couronne de roi, de dominateur.” 

6. BULL ft. Shayne

“C’est en écho à l’expression “Don’t fuck with the bulls, you’ll get the horns” (Si tu joues avec un taureau, tu te frotteras à ses cornes). C’est peut-être la chanson sur laquelle on a le plus cherché instrumentalement parlant, retirant plus qu’on en a ajouté, et c’est certainement l’une des plus simples à l’arrivée.” 

7. TAKE MY HAND 

“Là encore, c’est le besoin d’amour, de soutien, d’empathie. Qu’une main tendue peut t’empêcher de tomber, t’aider à te relever. Et de ton côté, d’être capable d’admettre et de dire que tu n’y arriveras pas tout seul.” 

8. ARE WE DREAMING (Interlude) 

“C’est le moment où le personnage de Love se présente à son tour. Comme l’intro, c’est un moment où les deux personnages se rencontrent : “Mais t’es qui, toi ? Qu’est-ce que tu fais là ? Qu’est-ce que tu fais chez moi ? C’est le seul moment où on pouvait les faire communiquer entre eux car, dans les chansons, c’est plutôt une entité qui s’exprime plus que l’autre.” 

9. FIRST LOVE 

10. SECOND LOVE 

“Les deux chansons fonctionnent ensemble d’une certaine façon, voire une seule chanson séparée en deux temps. “First Love” est ce qu’elle annonce : le premier amour, les étoiles dans les yeux, avant d’apprendre ensemble, de se planter ensemble. Plus tu montes vite, pus la descente est rude. Il n’y a pas de place pour la mesure à ce moment-là. À la fin de “First Love”, il y a cette sorte de transition, on sent que quelque chose s’est cassé et on arrive dans le “Second Love” que l’on aborde différemment parce qu’on a acquis de l’expérience, que l’on sait ce que l’on veut, y compris comment concevoir des concessions. L’idéalisme du premier amour a fait place au réalisme dans le second. Mais c’est aussi s’autoriser à aimer à nouveau.” 

11. GREW UP MAD 

“C’est ce que l’on aime appeler une “origin story”. C’est en quelque sorte la naissance de l’entité Anxiety. On y entend en quelque sorte le personnage en train d’écrire le refrain, d’écrire les paroles avant que sa voix change et qu’il devienne concrètement ce personnage. On aurait pu commencer l’album avec ça.” 

12. GOOD OLD DAYS 

“Un plongeon dans ces années 90 qui nous ont forgés, qui nous ont tant marqués. Un peu les années 90 fantasmées par quelqu’un qui les a digérées et veut les restituer avec des sonorités très saturées, très crades. C’est d’ailleurs marrant que ce son-là soit venu d’Enzo, la seule personne du groupe qui n’a pas vécu directement cette époque.” 

13. NOT TOO LATE 

“Si c’est okay de craquer, ne pas le faire te rend aussi vulnérable, tu es potentiellement passible d’être utilisé pour des choses que tu n’as pas vraiment choisies. “Not Too Late” part de cette discussion. Comme celle d’un père à un fils aussi, un père qui se rend compte que son fils part en vrille, d’aller vers les extrêmes, que ce soit via la religion ou la politique, et qui essaierait de lui faire comprendre qu’il n’est pas trop tard pour dire non. 

14. SILENCE 

“Aujourd’hui, tu peux rencontrer quelqu’un sur Tinder ou Instagram. Mais tu peux aussi te perdre en toi dans une sorte de réalité virtuelle, te laisser dicter tes choix, tes goûts, par les réseaux sociaux et l’approbation collective. De te laisser persuader par ces mêmes personnes que c’est la seule voix de réussite possible, pour te réveiller assommé par la désillusion et le silence lourd qui l’accompagne.” 

Un concert de Skip The Use est toujours mémorable – ReMarck Photos

Vous voici nantis désormais de toute l’histoire de cette nouvelle page de l’aventure Skip The Use. Mais l’ADN de ce groupe, c’est le contact avec le public. C’est sur scène que Mat et ses potes expriment au mieux leur créativité musicale. Impossible donc de ne pas mettre sur pieds une tournée de présentation au grand public de ce nouveau-né.

La France aura évidemment droit à la part du lion, avec de nombreuses performances, mais le public belge n’a pas à se plaindre avec trois occasions d’assister à ce qui devrait plus que probablement s’assimiler à un grand show.

Skip The Use peut en effet s’apparenter à un autre monstre français sur les planches, Shaka Ponk.

3 dates en Belgique pour profiter de Skip The Use – ReMarck Photos.

Energie débordante, leader engagé, sons lourds et prenants… C’est bon à l’écoute, mais c’est diablement mieux encore avec l’image et toute l’ambiance qui en ressort.

Côté tournée des festivals, on vous propose le dimanche 26 juillet à Tournai pour le festival Les Gens d’Ere et/ou le vendredi 4 septembre pour Les Solidarités à Namur. Deux dates à ne pas manquer (les affiches sont top). Mais si vraiment ce n’est pas possible, ou que l’ambiance festival ce n’est vraiment votre trip et que vous préférez les salles de spectacles (ou pourquoi pas signer le all shots avec les trois perfos?), Mat and co seront au Cirque Royal (Bxl) le 12 février 2027.

Skip The USe vous donne rendez-vous sur les ondes et sur scène – ReMarck Photos.

Rem : si tu as vécu dans une grotte sans wifi ces 18 dernières années et que tu aimerais découvrir l’univers du groupe, que tu penses ne pas savoir attendre le 26 juillet pour profiter d’un kiff total ou si tu es simplement addict au son « Skip », on te conseille la reprise « 2.0 » du titre « Ghost » jouée sur le plateau de Taratata voici quelques semaines avec mister Mosimann, titre désormais disponible à l’écoute dans sa version remix.

A bon entendeur…

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ReMarck

Team
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