A l’heure de refermer les portes de l’Abbaye de Floreffe, au terme de 3 jours de festival, les organisateurs d’Esperanzah ont le sourire, mais ils savent qu’un chantier immense les attend : trouver un site pour l’édition 2027.

Depuis 2002, la question ne se posait pas. Esperanzah et Floreffe, et plus spécifiquement son ancienne abbaye, semblaient indissociables.

Mais depuis un certain temps, la liste des problèmes rencontrés s’est fortement allongée, au point de raccourcir les nuits des têtes pensantes de ce festival hors du commun. Ils ont en effet dû faire face à une réorganisation partielle du site, certaines parties ne leur étant plus accessible, s’acquitter d’une nouvelle taxe, mettre en place des réserves d’eau dans les coins les moins bien desservis afin de favoriser une éventuelle intervention des pompiers en ce climat de canicule, placer des pompes à eau fraiche (gratuite) à divers endroits stratégiques et, coup de tonnerre tardif, trouver une solution alternative au parking le long de la nationale, les autorités ayant décrété l’interdiction peu de temps avant l’ouverture des festivités.

Une solution « bis » a été trouvée, mais pas gratuite évidemment. Le festival a dû louer des prairies, et doubler sa capacité de navettes afin de combler les 900 places « perdues » le long de la nationale 90. Au final, ce sont 10 000 euros qui s’envolent de l’enveloppe du festival.




Et tout ceci dans un climat assez tendu avec les autorités communales suite à la programmation au sein du festival de la chanteuse malienne Rokia Traoré qui fait l’objet d’une procédure judiciaire dans le cadre de la garde de l’un de ses enfants.

Nous ne rentrerons pas plus en détail sur ce dernier point, cela étant dans les mains de la justice et ne concernant pas la prestation de l’artiste, ni sur le bien-fondé d’interdire un stationnement considéré au terme du code de la route comme « sauvage », le moment étant par contre sans doute mal choisi pour ce changement drastique (le stationnement étant jusque-là « toléré »).

Malgré toutes ces embûches, le festival a accueilli 26 000 personnes sur le week-end. Un succès de foule et ce sans qu’aucun incident majeur ne vienne ternir l’ambiance, soulignons-le.

Ce chiffre peut paraître bas si l’on tient compte de l’espace occupé, en comparaison d’autres événements du même genre, mais à vrai dire, on est proche du sold-out car la capacité maximale journalière autorisée est de 10 000 personnes. Les organisateurs essayent même de limiter encore la jauge.




Pourquoi un tel chiffre ? Le site est ancien, et construit en différents paliers. Le dernier palier, sur lequel est installée la scène principale, n’est accessible que via deux arches. Et oui, les plus vifs auront de suite compris que c’est en fonction d’une éventuelle évacuation d’urgence qu’une jauge de présence si basse est accordée par le service d’incendie.

Car, on a beau être un festival qui affiche de nombreuses revendications sociétales, écologiques, politiques, comportementales… on ne badine pas avec la sécurité du public.

Le torchon brulant donc avec les nouveaux propriétaires du site et avec les autorités communales, il semble acquis que cette édition 2026, la 24e du festival, la 24e à l’Abbaye, était la dernière à se produire à Floreffe.

Les organisateurs ont d’ailleurs lancé officiellement un appel sur les réseaux sociaux. Esperanzah recherche son nouvel écrin (de verdure ?). « L’important pour nous, c’est qu’il y ait une gare à proximité et que le site soit implanté le long de l’E411 – pas forcément à proximité directe du site actuel » lance Arnaud de Brye, l’un des coorganisateurs.


Voici donc les critères pratiques, mais il faut aussi que la commune, et/ou les propriétaires du lieu, acceptent la philosophie du festival. On est en effet loin d’un « simple » rassemblement de chanteurs. Esperanzah véhicule des valeurs et des revendications.


« Nous faisons les choses qui nous ressemblent tout en étant dans l’éclectisme, l’audace » commentait en interview Florence Higuet, codirectrice. « Et qui clairement mettent les valeurs d’Esperanzah ! sur le devant de la scène : ouverture sur le monde, tolérance, féminisme, antiracisme, anticolonialisme, anticapitalisme, respect de la nature, du vivant, bienveillance, inclusivité. Avec toujours cette notion de faire les choses collectivement ».

Pour avoir arpenté les allées du festival de long en large et de bas en haut pendant les trois jours, on peut vous assurer que oui, il y a des revendications exprimées et des gestes forts comme le déploiement d’un drapeau palestinien géant durant un concert, mais l’esprit général est festif. Nous avons d’ailleurs rarement eu autant de facilités pour nous déplacer entre les scènes sur d’autres événements. A Esperanzah, le public est bienveillant et compréhensif.


Nous tenons donc à clôturer ce premier compte-rendu avec les notes positives à savoir 26 000 festivaliers heureux, un bilan comptable en positif et des prestations qui valaient le détour, que ce soit sur scène, dans les airs (on pense aux arts circassiens proposés), dans le bâtiment de la turbine ou encore dans les allées, certaines prestations étant déambulatoires.

Vous seriez étonnés de l’engouement rencontré par les Barakis d’Kermesse, fanfare bien sympathique au demeurant mais à l’énergie débordante, ou encore la guinguette de Peggy, un trio exceptionnel capable de vous faire retrouver le sourire avec tous les airs les plus festifs.

Mais vous imaginez bien que nous allons nous attarder un peu plus sur les prestations de certains artistes. On vous garde encore un peu de suspense, vous découvrirez au fil des prochains jours les articles dédiés à nos coups de cœur, et on peut vous dire qu’il y en a quelques-uns et que cela ira dans toutes les directions. De la techno orientale au reggaeton en passant par la Grèce, l’Argentine ou encore le Maroc.

Avec Esperanzah, nous avons voyagé dans toutes les cultures, tous les styles, et même si beaucoup de noms sur l’affiche étaient inconnus du grand public, nous ne regrettons aucunement d’y avoir participé.




C’est d’ailleurs un peu le concept qui était défendu par Arnaud de Brye.
« Financièrement, on touche à l’équilibre, voire au léger bonus. Les chiffres sont sensiblement identiques à ceux de l’an dernier, dont l’affiche comportait pourtant de plus grands noms comme Rilès ou Dub Inc. Cette année, on a diminué notre budget artistique de plus de 100.000 euros et l’artiste qui a eu le plus gros cachet a reçu 20.000 euros. Cela montre que notre projet est fort et que le public approuve l’idée de venir à Esperanzah ! avant tout pour faire des découvertes. »

Retrouvez les clichés du festival, au fil des parutions, sur la page FB – ReMarck Photos.






















