Après une plongée en 2016 dans l’univers de Mona, épopée familiale à la fois intime et universelle, questionnant le monde et notre société, Emily Loizeau nous revient ici forte de ce voyage, de celui ardentet sur le fil du spectacle/disque Run Run Runhommage à Lou Reed, de ses engagements pour le climat et la cause migratoire et de tout ce que nous avons traversé ces dernières années.Elle nous revient avec un disque écrit au cœur du confinement, enregistré en quarantaine en Angleterre avec le réalisateuret musicien John Parish (musicien et producteur de PJ Harvey).Emily nourrissait depuis longtemps l’envie de cette rencontre et d’un album dans son pays de moitié, jusqu’à ce que l’évidence opère. Csaba Palotaï, guitariste travaillant avec Emily depuis dix années maintenant et Boris Boublil, claviériste et bassiste nouvellement embarqué, travaillent régulièrement avec John Parish sur plusieurs projets musicaux. Sacha Toorop à la batterie avait lui aussi enregistré avec lui pour Dominique A pour l’album Auguri.«Le travail que nous avons fait sur les maquettes avec Boris, Csaba et Sacha, l’écriture même des chansons de cet album, le son que je cherchais à rendre, tout semblait créer comme un appel évident à rejoindre l’Angleterre et la force créatrice àla fois brute, sensible et puissante du travail de Parish»dit-elle. «Le moment était venu!»En plein Brexit, en plein Covid,la petite équipe a donc rejoint le Pays de Galle et les studios mythiques de Rockfield (ceux de Bohemian Rhapsody!).Emily est ici autrice, compositrice et interprète mais aussi productrice désormais de son travail. Ce geste de réappropriation de son territoire, de ses valeurs dans la diffusion de sa musique va avec tout ce que raconte ce nouvel opus : notre société ébranlée par les dérèglements climatiques, impactée par les crises économiques et sanitaires, bouleversée dans sa vision des institutions, dans sa foi en un avenir serein pour ses enfants demande autre chose et veut se réapproprier son mode d’existence et sa durabilité. Il s’agira ici d’un journal de bord, d’un journal intime écrit en confinement mais avec un regard tourné vers le dehors. Un appel, un souhait profond et puissant d’aller chercher au cœur de ses propres peurs, de sa propre colère, ce qui peut lier aux âmes de chacun.

Car si la vie doit continuer, si notre joie doit retrouver son élan et sa légèreté de vivre, il n’en reste pas moins que «nous dansons sur un volcan!» crie la chanson We can’t breathesituée au cœur du disque. Le langage de ce spectacle Icare, sera donc exactement à l’image de tout cela: à la fois musical et physique, intime et incandescent, comme si le corps, se mettait à parler quand la voix ne le peut plus, n’y arrive plus; comme si désormais il fallait, lui aussi, qu’il prenne ces questionnements à sa charge, les deux pieds dans le monde, soulevé, les deux pieds dans un monde aride mais qu’il décide être prometteur. Emily explorera à l’image de Monaune palette qui agrandit encore le cercle autour de son piano dont elle necesse d’explorer les possibilités pour laisser place à un groupe au son rock et impétueux dont elle reste la figure de proue.«Icare est réussi parce qu’il raconte l’infinité de ce que nous sommes, nos désirs et nos abrutissements, nos aspirations à la beauté, à l’harmonie, notre colère créatrice et la folie prométhéenne qui peut précipiter notre chute. Icare est comme un appel codé, une série de symboles et de cris qui nous appellent à nous dresser, à ne pas laisser le délire matérialiste nous entraîner vers la mort. Icare est une piqûre d’adrénaline, un concentré d’existence pour nous rappeler à ce que nous sommes : des êtres sensibles, passionnés, aimants. C’est peut-être ce qui nous sauvera.»

Cyril Dion

Fabian Braeckman (61)

Auteur & Photographe

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