Cali, l’hydre à trois têtes (Partie 2)

Après avoir quitté momentanément Cali, qui a déjà livré quelques anecdotes croustillantes dans la Partie 1 de sa « table ronde », nous retrouvons cet artiste multifacettes là où nous l’avions laissé, lors de son adolescence…

En quoi cette fameuse année de vos 15 (ou 16) ans a-t-elle été si marquante pour votre carrière, et votre vie ?

J’ai horreur du mot carrière. Car pour faire « carrière », on doit faire attention aux choses, or si l’on fait attention continuellement, on est moins sincère. Et si on et moins sincère, on est moins chanteur. Et si je ne suis plus chanteur, je ne fais plus rien. Cela dit, cette période des 15 -16 ans est celle des premières. C’est là que l’on découvre beaucoup de choses. Prenez l’exemple du tour de manège. Il n’y en a vraiment qu’un. Je l’ai encore remarqué avec ma petite fille, Micha. La première fois que je l’ai mise sur un manège, elle regardait avec des yeux si pétillants que cela en était touchant. La deuxième fois, elle a souri, mais la magie de cette découverte avait disparu. Tout ceci pour en arriver au simple fait qu’à 16 ans, j’ai fait l’amour pour la première fois. J’étais fier évidemment. C’était l’après-midi, j’ai cassé une vitre pour entrer puis j’ai fait comme j’ai pu, elle aussi, et ensuite j’ai été trouvé mes copains qui ne l’avaient pas encore fait. J’étais passé du côté des hommes. Pendant 20 secondes j’ai frimé. Puis j’ai immédiatement détesté être un homme. C’était un moment fort.

Sur scène, l’homme se livre sans compter.

L’autre raison, c’est que ma grande sœur Gina lisait énormément. Moi pas. J’en étais complexé. Alors je suis rentré dans la bibliothèque de papa et j’ai pris 3 livres La Métamorphose de Kafka. J’ai rien compris mais je suis arrivé au bout. Le Pantalon d’Alain Scoff. C’était magnifique. Et puis Women de Bukowski avec qui j’avais l’impression de marcher sur un fil qui m’a amené de l’âge d’ado à l’âge adulte. C’est un peu comme un grand frère qui m’aurait ouvert la voie de la littérature. Cela a donc été une période décisive.  Je souhaite à tous les gosses de lire Bukowski car il y a dans cette œuvre une insolente liberté.

Côté musique, ce moment fut aussi fondateur. J’étais dans un village, qui est d’ailleurs toujours mon village, Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales), nom que j’ai donné à l’un de mes albums. On allait espionner en cachette un groupe d’une génération au-dessus de nous qui répétait et semblait toujours s’amuser. On s’est dit, voilà, c’est ça qu’il faut faire pour être heureux. On a donc décidé de faire de la musique aussi, mais comment ? On a tiré au sort les « rôles ». On savait juste qu’il fallait un guitariste, un bassiste, un batteur, un chanteur… J’étais bassiste, sur une corde en fait car cela suffisait. Le batteur, il utilisait des branches d’arbres, le guitariste était meilleur que nous, il a appris un peu plus vite, et le chanteur, Fernand, celui qui me fait les pochettes de disques, poussait des cris. Sa veine jugulaire gonflait, prête à exploser, et on a eu peur donc je suis finalement passé chanteur. C’est en quelque sorte le début de ma carrière (rire). Mais le groupe s’appelait « Pénétration annale ». Vous imaginez bien que la carrière fut courte…mais légendaire. Notre lycée s’appelait Charles Renouvier et notre tube s’appelait « J’encule Charles Renouvier ». Excusez-moi pour ces propos, mais c’est la vérité. Evidemment, on s’est fait virer. Une année après, j’ai pu réintégrer cette école et on me disait, t’aurais dû être là avant, il y a un groupe qui a fait cela… Ils ne m’ont pas reconnu et me racontaient une légende. Cela colle vraiment à la formule de John Ford qui dit « Quand la légende est plus belle que la vérité, imprimez la légende ».

Cali a débuté comme bassiste avant de prendre place au chant.

Il faut savoir, et c’est une étude sérieuse menée par des docteurs, que la musique écoutée par les enfants entre 8 et 12 ans forme des émotions qui nous suivront toute le vie. Et moi, à cette période, grâce à mon grand frère et des amis un peu plus âgés, j’ai découvert les Clash. C’est la musique de ma vie. J’ai d’ailleurs un poster de Joe Strummer qui me suit en tournée. Il semble regarder plus haut que nous, plus haut que l’horizon. Il nous montre le chemin. C’est mon héros.

Mais vous avez aussi un lien particulier avec Bono.

Oui, très belle rencontre. J’ai évidemment été mordu par la musique de U2, mais ce qui me touche le plus c’est lui c’est la fidélité. Je repense à cette histoire où un batteur met une petite affichette dans un lycée « Cherche guitariste, chanteur… », que le groupe répète dans une cuisine et que 40 ans plus tard, ce groupe arpente les plus grandes scènes du monde. J’ai adoré aussi que Bono ose dire à une fille de sa classe, Ali, est-ce que tu veux sortir avec moi, sachant qu’aujourd’hui ils ont 4 enfants et sont toujours ensemble. C’est tout à fait différent des groupes « fake » de maintenant. Pour avoir un peu côtoyé U2, je peux dire qu’ils ont vraiment l’air d’être heureux ensemble. Ce sont des amis pour la vie, quoi qu’il arrive.

Porté par le public, au propre comme au figuré.

Ton nouveau projet est un peu spécial, ne fut-ce que par son nom.

Oui, « Ne faites jamais confiance à un cow-boy ». J’aime cette idée, qui a d’ailleurs été soufflée par Bono. J’apprécie cette rencontre en duel où l’un est toujours plus honnête que l’autre, même si fondamentalement ils peuvent être malhonnêtes tous les deux. Le moins honnête dirons-nous tire avant. Ce n’est pas bien, mais on s’en fout, l’autre est mort.

Ce spectacle, c’est un banc, de face, et un réverbère. Moi, je suis un clochard. Et pendant l’accès à la salle des spectateurs, je dors. Cela peut durer 45 minutes. Quand tout le monde est installé, je me réveille et je dis aux gens « avant j’étais chanteur ; ça vous dit quelque chose? J’avais du succès, ça marchait bien, je vous jure ». Je vois que les spectateurs sont interpellés, je débute alors « c’est quand le bonheur » et après le premier couplet, je m’arrête en disant que le succès est une catastrophe, qu’il faut le rencontrer le plus tard possible pour la descente soit moins longue… Je m’amuse en fait. Je raconte que je suis enfin libre, que je peux écrire des chansons car avant j’étais empoisonné par des gens, la vie… et que je n’écrivais rien d’honnête, que désormais je chante pour moi, pour les étoiles, les gens qui passent. Là j’enchaîne sur quelques morceaux de mon nouvel album. Je parle de mes enfants, il y a de la neige qui tombe. C’est un spectacle entier, très poétique.

Les gens sont parfois surpris car ils s’attendent à me voir leur sauter dessus et proposer du rock déjanté mais non, là je lis du Shakespeare. J’ai de très bons retours même si certains préfèrent évidemment le rock. Mais pour cela, il faut venir voir ma tournée rock. Celle avec le groupe car là ça déménage.

Version Rock aux Solidarités, version poétique dans « Ne faites jamais confiance à un cowboy »

Plusieurs dates sont au programme prochainement en Belgique dont une à Namur (Delta) et une à Louvain-La-Neuve (ferme du Biéreau).

Oui, j’ai la chance d’avoir une personne référence en Belgique, Emi, qui m’a pris sous son aile et depuis, je suis l’un des chanteurs français à me produire le plus souvent en Belgique. J’ai beaucoup de chance, oui, grâce à Christophe aussi, qui m’accompagne sur mes tournées. La Belgique, c’est particulier. Ici, tout est fort, puissant, et ce 10e degré me touche énormément. Une fois, j’ai fait une séance pour Paris-Match en France. Tu arrives, tu ne bouges pas, ils choisissent le meilleur profil et c’est plié. Ici, c’est pour Match ou un autre magazine, alors que je viens de sortir un album intitulé « la vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur » (2010). On me donne un costume. Je suis torse nu sous ce costume. Bah, je dis ok, on y va. Là on me dit, non, pas encore, et un artiste me peint des écailles de poissons sur le corps pendant 3 heures. Il m’a déguisé en truite. Ah ok, on prend les photos maintenant. Non, pas encore, et on me conduit aux étangs d’Ixelles. Là, je vois arriver 4 gars avec un énorme requin en plexiglas dont ils mettent l’arrière dans l’eau. Je me suis allongé dans la gueule ouverte. C’était génial ! En Belgique, il se passe toujours des trucs comme ça.

Et puis vous avez le plus grand groupe de pop du monde, dEUS. Si j’étais prof de fac’ de pop, le premier jour, je vais dans l’amphithéâtre sans dire un mot aux élèves. Tu poses tes lunettes, tu ouvres ton cartable. Tu déposes ton magnétophone et tu mets « Instant street ». Tu dis juste laconiquement « la pop c’est ça » et tu termines ton cours. Là, il y a tout. Pour moi, c’est plus haut que les Beatles.

Fan inconditionnel de dEUS.

Avec un petit regard dans le rétroviseur peut-être, de quoi Cali est-il le plus fier ?

Je n’ai pas besoin de réfléchir pour répondre à cette question. Ce sont mes enfants. A 13 ans, alors que j’étais sur la place de mon village, avec un ami, on écoutait Thiéfaine à fond et là on se pose la question que chacun se pose un jour, qu’est-ce qu’on veut faire plus tard. Lui a répondu pompier. Il est pompier professionnel. Moi, je me souviens avoir répondu je veux être troubadour, voir le monde et avoir plein d’enfants. Je suis troubadour et j’ai 4 enfants. Merci la vie. Il y a quelque chose dans la famille qui est encore plus puissant que les concerts. J’ai la chance de pouvoir croquer les deux. Mais être papa, c’est plus difficile que chanteur ou troubadour. J’essaye de faire de mon mieux.

Et pour cela, je m’en réfère aussi à une phrase de mon papa qui m’a servi à rester dans le (presque) droit chemin. « Je sais que tu peux faire toutes les conneries du monde, je ne te verrai pas, mais je te fais confiance ». Je n’ai jamais voulu trahir cette confiance et c’est ainsi que j’ai refusé de rentrer dans certaines dérives dangereuses comme la drogue par exemple. C’est ça l’éducation. Un mois avant qu’il ne parte, alors qu’il n’avait encore jamais assisté à un de mes concerts, il est venu me voir. Je débutais alors. On a toujours peur du retour de ses parents qui peuvent dire qu’ils sont déçus que vous ne fassiez pas des études plus poussées. Il m’a pris dans ses bras après la scène et m’a simplement dit « c’est ça que tu dois faire ». Il m’a adoubé.

Cali, l’hydre à trois tête (Partie 3). – ConFestMag

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