7 février 2026

Lessines, 21 juin 2025 : quand la musique plane (toujours) pour Lou

Un soleil de plomb, un public en nombre, un paquet de frites croustillantes et une bande-son digne des plus beaux souvenirs belges : Lessines a rendu un hommage vibrant à son enfant terrible, Lou Deprijck, pour cette Fête de la Musique placée sous le signe de l’émotion et du groove planétaire. Sous les arbres à peine ombrageants de la Plaine, c’est une chorale pas comme les autres qui a ouvert le bal : Ethno Vocal Groove, formation survitaminée portée par l’inimitable Anita Daulne, sœur du regretté Jean-Louis Daulne. Autant dire que ce n’était pas du yaourt vocal : une vingtaine de choristes de Wallonie et Bruxelles ont fait voyager le public bien au-delà du Pays Vert — cap sur le Maroc, où ils représenteront fièrement la Belgique aux Rencontres de Chœurs de Marrakech en novembre prochain. Frissons, rythmes du monde et ovation méritée : le public, vaillant malgré la chaleur de 19h, ne s’est pas fait prier pour battre des mains (et quelques pieds aussi). Entre deux chants envoûtants, certains en ont profité pour s’hydrater… à la belge, évidemment. Puis, après une pause bien méritée — collation maison et frites croustillantes nappées d’une sauce secrète que même la CIA envie —, la scène s’est métamorphosée en machine à remonter le temps. Les musiciens qui ont accompagné Lou au fil des décennies ont repris du service, comme pour nous murmurer : “Il est parti, mais la musique reste.” On retiendra notamment la performance habitée de Kevin Cools, successeur spirituel (et capillairement crédible) de Mario Guccio de Machiavel. Sa barbe de prophète et sa voix en feu ont soufflé un vent de rock’n’roll pur jus sur Lessines. Il n’était pas seul : Christine Bonnivert, l’une des Hollywood Bananas, lui a prêté main forte avec une énergie qu’aucune canicule ne pouvait tempérer. À travers eux, Lou Deprijck revivait : “Ça plane pour moi”, “Tout petit la planète”, “Dans les petites rues de Singapour”,  » Brigitte Bardot (en photo sur la scène ), « Kingston », « So fla fla », « Sentimental-moi », « Charlie Brown », « Où c’est qu’il fait chaud ? »… Un best of en live, servi par des artistes de Sttellla (même si Jean-Luc Fonck était excusé pour cause médicale), Machiavel, Poulycroc, Skarbone 14, The Fouck Brothers, Mr Michel, Philippe Leprince… et tant d’autres figures emblématiques. Il faut dire que ce n’était pas une soirée comme les autres. Ce n’était pas un concert, c’était une déclaration d’amour à Lou, à ses chansons, à sa ville, à sa folie douce. Dans la foule, les sourires étaient aussi grands que les pintes, et même ceux qui ne connaissaient que vaguement « Ça plane pour moi » sont repartis en se disant : “Mais quel mec, ce Lou !” Et puis il y avait Vanessa. Le regard tendre, un peu dans le vague, mais sûrement fier. Cet hommage, c’était pour son Coco, pour celui qui avait l’oreille affûtée, l’humour décapant et l’âme d’un vrai découvreur de talents. Lessines a chanté, dansé, mangé et ri. Lou aurait adoré. Et « Lou » nous, on n’oubliera pas.

Le Luxembourg à l’honneur aux Francos de Esch.

Chaque édition des Francofolies permet à des artistes locaux, ou ayant transité par une filière de découverte mise en place depuis un certain temps, de pouvoir se présenter au public. Il est donc normal, aux Francos de Esch, de retrouver des artistes luxembourgeois. Voici une petite présentation et quelques clichés de trois d’entre eux. Sixo est loin d’être un inconnu au Grand-duché. Depuis 2019, ce rappeur originaire d’Echternach, assène en effet ses punchlines dans la langue nationale. Une particularité dans un univers où l’anglais et le français sont des vecteurs bien plus communs. Il s’est d’ailleurs bien essayé au français, mais « ça ne venait pas naturellement » répond-t-il en interview. Samedi, c’est donc lui qui a inauguré la scène du Jardin, celle qui permet la plus grande proximité avec le public. Un contact visuel et presque physique qui ne lui fait pas peur puisque le garçon est pratiquant de MMA. Son prochain combat se profil d’ailleurs à l’horizon. Les deux autres artistes présentées ici, car oui, il s’agit de deux demoiselles, ont moins de bouteille sur les planches. Mais le jury des Francos avait pensé à cette éventualité, proposant un coaching d’une semaine avec des pros pour permettre aux artistes sélectionné(e)s de s’aguerrir aux arts de la scène.  Et un concert à la Kulturfabrik était même organisé en guise de test final, grandeur nature.   Nous n’étions pas à cet acte 1, en salle, mais bien au bord de la scène du Jardin où elles se sont produites lors de leur passage au festival. Maehila est une Belgo-Indo-Luxembourgeoise de 23 ans, qui n’hésite pas à mettre en avant la culture la moins européenne des trois, notamment dans sa manière de danser. Il y a donc quelques touches indiennes dans sa musique, mais aussi, et surtout, de l’électro pop comme dans ce « Toxicity » qui n’est pas sans rappeler quelques artistes anglo-saxonnes. Si son calendrier de concerts n’est pas encore complet, elle ne compte toutefois pas lézarder au soleil durant cette période où l’astre chaud est bien présent vu qu’un EP est en phase de finalisation, sa sortie étant prévue pour septembre. Maryana est, elle, d’origine Cap verdienne. Son style ? Le RnB / Hip-hop. Bien qu’elle soit la moins habituée sur scène (le nombre de prestations en public se compte sur les doigts d’une main), elle a montré une aisance hors du commun, alliant chant et danse avec des chorégraphies à trois qui laissent entendre qu’elle a un bagage derrière quand même. Novice en festival donc, mais référence sur les réseaux sociaux avec ses 42 000 suiveurs sur Instagram. Et ce n’est pas la prestation des Francos de Esch qui va en faire fuir. Au contraire, la demoiselle devrait voir les rangs de ses followers gonfler encore un peu, d’autant qu’elle a promis de poster régulièrement. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Ronisia apporte un vent de fraicheur sur la RnB francophone.

Si son premier single est sorti dès 2019, c’est surtout depuis la réédition de son premier album « Ronisia » en version Deluxe (avec 6 titres supplémentaires, dont 200 KM/H avec Gazo), soit en décembre 2022, que l’artiste originaire du Cap-Vert connait le succès. Ses influences principales émanant de la RnB US mais aussi du zouk, Ronisia apparait comme une ambassadrice d’un style ensoleillé qui rappelle les plages de son île natale, ce que certains ont dénommé l’Afropop. Sur scène, avec deux danseuses, deux danseurs, un DJ et un claviériste, Ronisia propose un show rythmé où certaines chorégraphies sont justes assez suggestives pour ne pas choquer. Il faut dire que du haut de ses 25 printemps, Ronizia (c’est l’orthographe originale de son prénom) est une belle demoiselle qui sait se mettre en valeur. Côté son, on oscille entre le rap doux, les ambiances caribéennes, la pop, le RnB, le zouk… Malgré une carrière encore sur la rampe de lancement, Ronisia possède déjà un beau catalogue de titres au sein duquel nous apprécions particulièrement « Fan » et « Mélodie (tatami) ». Mais la jeune femme, désormais bien intégrée dans l’univers urbain parisien, a aussi quelques featurings de qualité comme ce duo avec Dadju sur « Toko Toko ». Naturellement, on aurait tendance à la comparer à Shay, mais on n’est pas vraiment dans le même registre. Ronisia serait plutôt une sorte de chainon manquant entre le rap assumé de la Belge et la jovialité de la princesse du shatta, Maureen. Aux Francos de Esch, elle a déposé une belle carte de visite, mais si vous voulez vous rendre compte par vous-même, il vous faudra vous déplacer à La Rochelle, pour la version française des Francofolies (concert en date du 12 juillet) ou profiter d’une escapade dans la capitale pour filer au Lollapalooza le 19 juillet, jour où se produiront également Finneas, Franglish, Macklemore et un certain David Guetta.     Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Hamza enflamme la scène des Francos de Esch.

En prélude à une tournée des festivals très active (il est annoncé au Yardland le 04/07, aux Ardentes le 06/07, aux Francos de La Rochelle le 12/07, à Dour le 20/07, au Paleo le 24/07, et ce rien que pour juillet donc !), et surtout aux concerts dans les zéniths en octobre et novembre, le rappeur – beatmaker belgo-marocain a proposé un show percutant à Esch-sur-Alzette. Il faut dire que Hamza a le vent en poupe et ne chôme pas. Depuis 2019 et la sortie de son premier album, « Paradise », il sort un nouvel opus tous les deux ans. Et ceci sans tenir compte de ses multiples participations aux titres d’autres artistes comme Aya Nakamura, SCH, Christine and The Queens, Damso, et j’en passe. C’est en effet l’une des spécificités du chanteur natif de Laeken (Bruxelles), ses plus gros succès publics sont issus de collaborations. 7 disques d’or pour notamment Chrome Hearts ft Dinos ou encore En mieux ft PLK et 5 disques de platine (« Pilote » sur l’album de PLK, « Jota » avec Niska, « Panama » ft Kaaris ou encore « Toka » avec SDM). Sacré palmarès tout de même. Car le meilleur reste à venir avec 3 disques de diamants. Cela n’étonnera personne que les 3 titres concernés soient les plus connus du grand public, à savoir « BXL Zoo » en duo avec Damso, « Atasanté avec Tiakola et l’immense succès qui a inondé les ondes pendant de longs mois, l’entraînant « Fade Up » avec Zeg P et SCH. Une telle set-list ne pouvait que déplacer les foules. Ce fut évidemment le cas. Et l’assistance n’a pas été déçue car l’homme ne s’est pas contenté d’apparaître et de balancer ses titres comme un zombie ou un robot. Non, Hamza est un showman qui prépare toujours une mise en scène marquante pour le public. Rien que l’entrée fut remarquée avec un nuage de fumée laissant apparaître derrière un immense treillis tendu en hauteur sur lequel trônaient les lettres du nom de l’artiste que tous attendaient. En quelques secondes, le filet tombe et la fumée se dissipe, laissant place au rappeur à succès. Jeux de lumières travaillés pour l’occasion, projections sur écran géant, plateau à divers niveaux et pyrotechnie sont au programme. Hamza, tel un chef d’orchestre appliqué, donne la cadence et le tempo, mais c’est bien le public qui assure l’ambiance en reprenant à tue-tête la plupart des tubes cités précédemment. Good job guy, cela promet du kiff pour l’été. Et pour les impatients, « Mania », le nouvel album, sort ce 20 juin 2025. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

La scène de La Clairière, the place to be pour profiter d’une ambiance électrique.

Les francofolies de Esch-Sur-Alzette se déroulent principalement sur le site du parc du Gaalgebierg, un espace arboré qui accueille trois scènes, chacune ayant ses spécificités, sa programmation et son emplacement. Si la scène principale a bien évidemment vibré sous les acclamations des fans d’artistes aussi emblématiques que Soprano, Bigflo et Oli, Michel Polnareff, Hamza ou encore Vald, les festivaliers qui ont poussé leur découverte jusqu’à la Clairière, cet espace vert enclavé dans les bois, où la déclivité latérale était, disons, remarquée, n’ont pour la plupart pas regretté l’aventure. C’est en effet là, à l’opposé de la main stage, qu’ont été proposées deux prestations hors du commun. En fait, quasi toutes les performances exécutées à cet endroit ont apporté leur lot de bonne humeur et d’excellence, mais deux prestations nous ont laissé un souvenir assez marqué pour leur décalage, peut-être, pour l’engagement des artistes concernés, probablement, mais surtout pour l’ambiance qui en a résulté. Le premier à s’être mis à nu à la Clairière, et c’est à peine figuré, est le Franco-Texan Marc Rebillet, connu pour ses vidéos sur divers réseaux (Youtube, Twitch, Facebook, Reddit), ses tenues décalées (le plus souvent une robe de chambre) mais aussi son sens de la provocation (il est désormais persona non grata au Touquet Beach Festival après ses attaques incendiaires envers un président français). Connaissant un succès tardif (à 28 ans), après s’être fait remercier d’un précédent boulot, Marc Rebillet semble repousser toutes les limites. Il n’hésite pas à improviser, se déshabiller, apparaissant à un moment en slip kangourou, et venir au contact d’un public qu’il chauffe jusqu’à l’incandescence. Pourtant, l’homme part de loin, se présentant seul sur les planches avec un loop, un synthé et un clavier. Quelques notes répétitives lancées en boucle et le voici qui entre dans son personnage. Son faciès se déforme, sa voix mue, ses yeux s’exorbitent… Tel un sorcier vaudou ou un chaman d’une autre époque, il lance quelques vocalises que le public reprend frénétiquement. Il les a pris dans ses filets ! ça chante, danse, boit… On navigue entre fête estudiantine de fin de promo, un peu arrosée, et rituel d’une secte. L’assistance est captivée. Et pourtant, nous sommes loin du Concours reine Elizabeth ou d’une composition du grand Jacques, ici, quelques notes s’ajoutent ci et là au gré des boucles créées par la machine diabolique (loop). Il y a un peu de pop, de rock, de reggae, de funk, de soul… sur un fond d’électro. C’est confus, mais libératoire. Les troupes ne lâcheront plus jusqu’au terme du combat, ou plutôt ici du set. Pour les survivants dotés de quelques barrettes d’énergie, encore, il faudra traverser le site pour aller retrouver un autre représentant de la vague techno, plus conventionnel, du moins sur papier, Timmy Trumpet, en guise de clôture du jour d’ouverture. Un bond dans le temps et nous voici le dimanche, début de soirée, au même endroit. Cette fois, c’est un duo qui investit la scène. L’un est guitariste, en costume rayé, façon rock british des seventies, l’autre est batteur, en singlet noir, coiffure hirsute, lunettes blanches. Le nom de cette paire peu conventionnelle ? KO KO MO. Leur univers est à des années lumières de celui de Marc Rebillet, mais l’énergie dégagée par ces artistes et communiquée au public est du même ordre que la scène qui s’était déroulée exactement là quarante-huit heures plus tôt. On zappe la techno minimaliste pour filer du côté des rifts de guitares si représentatifs du rock, exit le clavier pour une bonne grosse batterie bien ancrée au sol, mais notre étonnement sera, lui, identique. Waouh, quelle prestation ! Les solos sont terribles, les sourires communicatifs et la qualité de la prestation phénoménale. Présenté comme un groupe de rock hard blues psychédélique nantais formé du duo Warren Mutton au chant et à la guitare et de Kevin « K20 » Grosmolard à la batterie et aux chœurs, Ko Ko Mo est surtout une rencontre de deux musiciens aux influences diverses. En dix ans de présence scénique, le duo a sorti 4 albums et deux EP, mais ce sont principalement leurs arrangements de deux standards de la musique, Last Night a Dj saved my life (Indeep) et Personal Jesus (Depeche Mode) qui font recette sur le net. Ce doit être un peu particulier de se rendre compte que ce sont les morceaux d’autres qui finalement sont les plus plébiscités, mais en même temps grisant de prendre ainsi la foule aux tripes en offrant un concert de qualité qui ravit toute l’assemblée. Alors, si toi aussi tu veux t’en prendre plein les oreilles, pas de problème, Ko Ko Mo sera de sortie cet été au Festival de Poupet (27/06), à Pause Guitare (05/07 à Albi), à Décibulles (12/07), au World Festival Ambert (18/07) ou encore aux Escales (25/07 à Saint-Nazaire). Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

La provoc’ style Vald fait recette.

Valentin Le Du, alias Vald, est une figure marquante du paysage urbain francophone actuel. Loin de la prose de MC Solaar, cet ingénieur du son disposant d’une licence mathématiques-informatique est un as de la provocation, oscillant entre vulgaire et indécent. Enculer, pute, niquer sont des termes régulièrement utilisés dans ses compositions. Dès son entrée sur scène, avec le titre « Regulation », le ton est donné. « Bitch, on est trop, je viens réguler, derrière, on est trop, j’peux pas reculer Tout l’monde a les crocs, va t’faire enculer, tout l’monde a les crocs, va t’faire enculer » C’est cru, pas vraiment de bon goût pour les amoureux de la langue française, mais ça plaît visiblement vu que ces paroles sont reprises en chœur par quasi toute l’assemblée. Sur les planches, Vald et l’un de ses acolytes se renvoient les répliques tout en multipliant les déplacements. Le chanteur est une boule d’énergie qui harangue la foule à tours de bras. Derrière lui, un DJ donne le tempo, et un écran géant renvoie des images qui pourraient avoir été extraites de films d’horreur. Des mains en cascades semblant sortir de terre, un château digne du comte Dracula, la reproduction d’une courbe de rythme cardiaque… Vald vient avec une vraie composition graphique. Dès le deuxième morceau, Vald propose un titre issu de son dernier album avec le hit « gauche droite ». « Je collectionne les montres comme si j’étais trader (Comme si j’étais trader) Or, j’suis toujours en jogging comme si j’étais l’entraîneur (Comme si j’étais l’entraîneur) Je vide la HK, je vide le Ruinart (Je vide les deux) Je vide le pinard (Hey), je vide la lash-Ka’ sur ce mirage (Rah, tah, tah, tah) » Les fans connaissent déjà, mais même ceux qui sont moins « In » n’hésitent pas à suivre la mini chorégraphie qui accompagne ce titre, cette dernière n’étant il est vrai pas insurmontable même pour des novices. Gauche gauche gauche … droite droite droite. C’est ça la clé du succès, du simple, récurrent, facilement assimilable. Enfin, pas toujours, car dans « Que des problèmes » ou « Pandemonium », le texte est plus fouillé, réfléchi, même si le vocabulaire est toujours particulier dirons-nous. Mais c’est de cette époque, et véritablement pro car les effets de style ne sont pas redondants. Il y a des acronymes, de l’argot, du verlan … Nous ne sommes pas certain que les paroles de ces chansons remplaceront l’étude des classiques de la littérature dans les cours de français, du moins à court terme, mais Vald vient une nouvelle fois de (dé)montrer, aux Francofolies de Esch-Sur-Alzette, qu’il avait une place de choix au sein de la culture urbaine de nos contrées. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Puggy, la note pop rock so delicious

Un groupe belge composé d’un Britannique (Matthew Irons), d’un Français (Romain Descampe) et d’un Suédois (Egil « Ziggy » Franzen) qui font les beaux jours d’un festival au Luxembourg, voilà une belle image d’une Europe multiculturelle (même si l’Angleterre ne fait plus partie de l’Union Européenne depuis le Brexit de 2020). Formé en 2004, le trio connait rapidement le succès en assurant notamment les premières parties des groupes Incubus et Smashing Pumpkins. Cinq albums et deux EP plus tard, fin 2016, l’arrivée de Matthew Irons dans le siège de coach de la session belge de The Voice (il y officiera pour les éditions 7 et 8) semble sonner le glas de la carrière du band car il disparait de la scène publique. Matthew Irons soutiendra toutefois à plusieurs reprises durant cette période qu’il n’est pas question de mettre un terme au groupe, qu’il ne s’agit que d’une parenthèse, et l’arrivée fin 2023 du single « Never Give up » lui donne raison. Ce titre, léger et dansant, donne un nouvel élan à la carrière de Puggy qui, depuis, enchaîne les performances scéniques. Le dimanche 08 juin, les membres fondateurs de Puggy se produisaient aux Francofolies de Esch/Alzette avec le succès que vous imaginez. Le trio ouvrait pourtant la session de ce dernier jour de festival au Luxembourg, mais le public était, ce jour-là, venu tôt histoire de ne pas louper cette prestation. Vous n’y étiez pas ? Don’t stress, des séances de rattrapage seront organisées tout au long de l’été en France et en Belgique. Nous vous invitons à vous rendre sur le site du groupe pour de plus amples informations concernant l’agenda des concerts (ici), mais pour les habitants du Plat Pays cher à Jacques Brel, sachez que Matthew, Romain et Ziggy vous berceront de leurs rythmes lancinants (on vous conseille notamment « How I needed you » en sirotant un cocktail au bord de la piscine) au Baudet’stival le 11 juillet (Bertrix), aux Les Gens d’Ere le 26 juillet (Tournai /Ere) et à Ronquières le 03 août.   Pssst : et si vous êtes plus de la team « move », « When you know », « Last day on earth » et « Never Give up » sont tops. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

15 15 rejoint la galaxie des ovnis musicaux.

Les Francofolies de Esch-Sur-Alzette nous ont réservé un lot de (bonnes) surprises sur cette édition 2025. Nous vous en avons déjà présentées quelques-unes dans nos articles précédents, mais celle d’aujourd’hui est particulière car le collectif Quinzequinze ne fait rien comme les autres artistes. Leur histoire débute en 2013, au sortir d’une école en design graphique. Deux frères, une jeune fille et deux garçons tout droits venus de Polynésie décident de monter un groupe qui postera tous les 15 jours un clip ou une composition. Douze ans plus tard, Julia, Marvin et son frère Robin, Tsi Min et Ennio sont toujours là. Leur projet a évolué, glissant au fil du temps vers des performances « live » qui ne laissent personne indifférent. Lumière tamisée à l’extrême, perturbée par des flashs agressifs saccadés, musique aux sonorités électro, vocalises sorties de l’océan, chorégraphies improvisées impliquant des mouvements de haka et de surf … tous nos repèrent volent en éclats. « L’héritage polynésien remanié se retrouve de manière diffuse dans la musique du collectif. De l’Orero, l’art oratoire traditionnel tahitien pratiqué par Ennio en live, la polyphonie des himene taravas (« C’est polyphonique mais c’est aussi cacophonique parce que ça gueule. C’est en mouvement, ça fait des vagues », nous explique Tsi Min) ou les To’ere, instruments de percussions des îles de la Société, tout prend une forme contemporaine et personnelle » relatait les Inrockuptibles voici quelques saisons. Vu que nous ne pourrions mieux décrire ce mélange très particulier d’art ancestral et de musique contemporaine, rendons à César… On ne vous cache pas que c’est particulier et que tous n’apprécieront sans doute pas autant que nous, mais cette parenthèse ensoleillée, aux forts accents de Tahiti, si éloignée des codes actuels fut rafraichissante. Imaginez E.T. en pagne dansant avec les Gremlins sur de la techno produite par des instruments traditionnels polynésiens. Ce n’est évidemment pas le tableau proposé mais le choc culturel est à l’image de cette mise en scène. Curieux ? Découvrez ce groupe hors du commun par vous-même. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Soirée magique au Rideau Rouge : Emy Sakura fait sa grande entrée sur scène

C’est dans la charmante commune de Lasne, au creux du très accueillant Rideau Rouge, que j’ai eu le plaisir d’assister à un événement qui sentait bon la nouveauté, les pétales de roses… et les lignes de basse bien appuyées. L’occasion ? La release tant attendue du nouvel EP d’Emy Sakura, une artiste belge qui n’a pas fini de faire parler d’elle – et de faire danser ses fans au passage. La soirée démarre en douceur avec une première partie piano-voix tout en sensibilité. Une artiste (dont le nom m’échappe… mais pas le talent !, et merci à mon collègue Olivier-Guy Demoulin de m’ avoir soufflé Fily Leela) a chauffé la salle comme un bon four à bois, livrant quatre morceaux de son répertoire personnel. Et ce n’était pas une mince affaire : la salle était bien remplie, preuve que Sakura suscite déjà la curiosité. Un peu d’histoire (mais pas trop, promis)Pour celles et ceux qui découvrent Emy Sakura (où étiez-vous cachés jusqu’ici ?), sachez qu’après deux années de travail acharné – composition, doutes, ajustements, litres de thé (ou de vin, qui sait) – elle sort son premier single en septembre 2022. Aujourd’hui, elle monte en puissance en dévoilant sur scène les titres de son tout premier EP, en attendant l’album prévu pour 2025. Et si vous pensez encore que la pop électro est réservée aux machines, détrompez-vous. Chez Emy, c’est un savant mélange de beats solides, de synthés envoûtants, et de textes puissants sur des mélodies entraînantes. On chante, on danse, et parfois, on retient ses larmes. Bref, l’émotion est dans la salle… et dans les oreilles. Une scénographie made in SakuraCôté décor, pas de demi-mesure : plumes, pétales, chapeau à plumes (peut-être ?), fauteuil vintage, et même les titres de l’album alignés sur la cheminée de scène. Elle a tout pensé, sauf les briques… qui étaient déjà là (mais on lui pardonne). Dès l’ouverture du rideau, la voix d’Emy accompagnée de Max Montagne vient cueillir le public avec “J’Oublie” et “Le Temps”. Le tempo est donné : on est dans de la pop française comme on aime, raffinée mais accessible, parfois un brin espiègle. Le public est charmé – et moi aussi – quand Emy enchaîne avec “Je Crois Que C’est Toi”, accompagnée de ses chaleureux remerciements. Puis viennent “Jamais Là”, “La Quête” et l’engagée “Féminine”, qui résonne fort dans le contexte actuel. Bulles et émotionsMoment fort de la soirée : Emy rend hommage à son papa disparu. Assise dans son fauteuil au bord de scène, elle invite le public à souffler des bulles avec les petits tubes reçus à l’entrée. Magique. Poétique. Inoubliable. Et puis, la soirée bascule dans une autre énergie. Le guitariste Matt John Stone débarque, riffs à l’appui, pour accompagner “Planer” et “Dilemme” – de quoi faire vibrer les murs (et les cœurs). C’est ça, une release : un concentré d’émotions, de sons, de surprises. Enfin, on approche du grand final. Les titres “Dommage” et “Dans Mon Dos” sonnent comme un au revoir discret, avant qu’Emy, képi vissé sur la tête, revienne s’installer dans son fauteuil pour un poignant “Cœur De Pierre”. Le rideau se referme, le public conquis repart avec des étoiles dans les yeux et des refrains dans la tête. Conclusion ?Emy Sakura ne fait que commencer son voyage, mais elle le fait avec panache. Sa musique, à la fois instinctive et structurée, entre dans les oreilles pour ne plus en sortir. Une artiste à suivre, assurément. Et vous savez quoi ? Faites pas les timides : allez l’écouter sur les plateformes. Avant qu’on dise de vous : “T’étais pas là à sa release ? Dommage…”

Pour réchauffer l’ambiance, Soprano est toujours un bon placement.

Soprano débute dans le rap avec le groupe Psy 4 de la rime à la fin des années 1990. Par la suite, il se lance dans des projets solo, sortant un premier album en 2007 « Puisqu’il faut vivre ». En 2014, son album « Cosmopolitanie » assure un virage pop, lui ouvrant la porte d’un public plus large encore. Côté perso, « Sopra » est originaire des quartiers nord de Marseille, et par conséquent toujours fier d’arborer régulièrement le maillot de l’OM. Ainé d’un groupe de 5 frères et sœurs, Saïd alias Sopra incarne la bonne humeur et la bienséance alors qu’il a traversé des périodes très difficiles dans la vie, que ce soit à ses débuts dans le monde de la musique ou encore lors du décès de Sya Styles qu’il considérait comme son meilleur ami. C’est d’ailleurs cet événement tragique qui lui a inspiré « Roule », probablement son titre le plus touchant.   Vainqueur de trois NRJ music Awards en tant qu’artiste masculin francophone de l’année, Soprano reste accessible et surtout disponible pour ses amis, mais aussi pour son public et divers projets d’aide sociale. Il a en effet endossé le rôle de parrain du Téléthon en 2021 et n’hésite jamais à donner de la voix avec les Enfoirés. On lui doit aussi « A nos héros du quotidien », une ode aux inconnus qui peuvent, sans même le vouloir, vous rebooster au moment opportun. Mais Soprano est surtout un ambianceur hors pair. Ses titres  « Le coach », « En feu », « Dingue » mais aussi « Millionaire », « Ninja » ou encore « Le diable ne s’habille plus en Prada » sont autant d’appels à faire bouger son corps sur la piste. Et il fallait bien cela pour réchauffer un public confronté à une pluie abondante venue tenter de troubler la fête quelques minutes à peine avant la prestation de l’artiste. Les conditions climatiques ne feront, comme vous vous en doutez, pas le poids face à la prestation trois étoiles de cette pile d’énergie. Ce ne fut pas évident pour nous, vous l’imaginez, de travailler dans cette atmosphère humide, et avec un sujet aussi vif et mobile, mais on vous ramène quand même quelques clichés, validés par la production, histoire de vous mettre l’eau (et oui, encore) à la bouche. Sopra en concert, ça vaut vraiment le coup, comme il l’a encore prouvé aux Francofolies de Esch (Luxembourg). Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Terrenoire, la descendance artistique de Bernard Lavilliers est assurée.

Ce nom, Terrenoire, le groupe le sort tout simplement de l’appellation du quartier de son enfance, à Saint-Etienne, la patrie chère à Bernard Lavilliers, avec qui le binôme se trouve évidemment de nombreux atomes crochus. Raphaël et Théo (Herrerias) sont frères, attachés à leur terroir, mais aussi aux valeurs qui leur ont été transmises par leurs aînés, certains d’origine espagnole. C’est en 2017 que le groupe se compose, les frères ayant, chacun, eu leur propre parcours jusque-là. Le binôme débute sur scène par des premières parties d’artistes aussi emblématiques que Clara Luciani, Eddy de Pretto, Feu! Chatterton. Le premier album de Terrenoire, « Les Forces contraires », sort en août 2020. Raphaël et Théo s’identifient notamment par leur sens des mots, écrivant aussi pour d’autres comme ce « Désolée » interprété par Louane. Et comme on devait s’y attendre, ils sont naturellement invités par Bernard Lavilliers sur son album Sous un soleil énorme pour le titre Je tiens d’elle qu’ils ont composé ensemble pour rendre hommage à Saint-Étienne. Mais c’est leur titre « Jusqu’à mon dernier souffle » qui se démarque en illustrant à merveille un spot télévisuel tourné en milieu hospitalier. Et pourtant comme le raconteront les frères, ce morceau, très intime, a failli ne pas apparaître sur leur produit fini. Concours de circonstances faisant, c’est leur chemin artistique qui s’illumine depuis. Ils viennent d’ailleurs de sortir leur troisième opus, « Protégé.e » (qui est en fait le deuxième album, « Terrenoire » étant un EP). Ambassadeurs de la langue française, ils expriment leurs sentiments avec une vision faussement positive de la vie dans « ça va aller » mais veulent aussi attirer l’attention avec « Le fou dans la voiture » qui s’écarte de leur tracé habituel, plus saccadé, plus grave, plus alarmiste.   Sacrés Révélation de l’année aux Victoires de la musique 2022, ils ont pris le temps de peaufiner ce nouvel album où ils ont composé 50 chansons d’où 14 se sont extraites pour venir se déposer sur la maquette finale. La prose est toujours là, le mélange de styles musicaux plus remarqué et les thèmes plus ouverts, engageant à profiter du moment présent, sans se focaliser sur les critères de l’époque. J’aime tes seins qui tombentTon corps de daronneTa peau d’avant donner la vieJ’la connaîtrai jamaisJ’aime qu’le temps nous abîmeQu’on se cherche les ridesOn s’dit qu’on est wabi-sabiÇa fait stylé d’vieillir « C’est une musique d’aujourd’hui, populaire et exigeante, où différents genres musicaux s’enlacent. Des accords planent, des ritournelles s’installent, des machines discutent avec des instruments à cordes ». Terrenoire nous emmène dans un conte, parfois brut, parfois dur, mais toujours avec cet écrin souple et malléable que peut-être la langue de Molière, si habillement utilisé. Ils n’ont certes pas encore le charisme de Lavilliers et cette voix rauque qui fait la patte du plus célèbre des militants chanteurs stéphanois, mais ils en empruntent les pas, assurément.  Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

Solann et Lovelace, deux artistes qui déploient leurs ailes à l’aide de leur plume.

Namuroise d’origine, désormais exilée à Bruxelles, Marie Goffinet, alias Lovelace, s’est vu offrir une belle plateforme de lancement avec le titre « Petite gueule » interprété dès la saison dernière avec Saule, ce doux géant poète qui est depuis longtemps une référence de la scène francophone belge. Sans Baptiste (prénom originel de Saule), on ne sait toutefois pas si le personnage Lovelace aurait vu le jour, du moins dans cette configuration d’artiste positive, pleine d’énergie, capable d’exprimer ses ressentis sur scène via le canal du chant mais aussi de la danse. La jeune demoiselle était en effet assez réservée dans son écriture, mais à l’occasion d’un atelier organisé par Saule, le déclic va s’opérer, encouragé par son nouveau mentor. Lovelace trace depuis sa route, sur un chemin bien plus électro, avec notamment « Hey Bitch », ou tendance urbaine avec « Tournesol », avant de revenir à de la pop plus sobre dans « Corps ». En fait, difficile de catégoriser l’artiste par son style musical. Par contre, sur scène, c’est dynamique, jovial, dansant et frais. La Belgique la connaissait déjà en solo vu son passage aux Francofolies de Spa en juillet 2024, le Luxembourg pourrait bien devenir un nouveau territoire conquis vu la qualité de la prestation effectuée à Esch. Solann est, elle, plus calme sur scène, mais avec des titres comme « Rome » ou « Crash », elle capte l’attention. Ses propos sont forts, mais d’actualité. Son œuvre parle de la féminité, de son rapport au corps, de féminisme… Son stylo est aiguisé tel le plus tranchant des couteaux de cuisine. Et pourtant, Solann ne se destinait, initialement, pas à la chanson. Elle voulait fouler les planches des théâtres en tant que comédienne. « Je suis allée jusqu’au troisième tour du concours du Centre National d’Art Dramatique mais je n’ai pas été prise… Dieu merci », explique Solann au Parisien. « Devenir chanteuse, se produire à l’Olympia et avoir des millions de streams sur ses titres, n’était donc pas initialement prévu ». Débarque alors cette pandémie qui a chamboulé beaucoup de destins. Solann, comme de nombreux adolescents de son âge poste sur les réseaux sociaux. L’histoire aurait pu s’arrêter là, encore une fois, mais l’une de ses vidéos propose un duo avec une autre révélation de ces dernières saisons, Zaho de Sagazan. La toile s’enflamme. Depuis, Solann a sorti un EP, un album, et multiplie les apparitions sur scène mais aussi à la TV (notamment à Taratata), chopant au passage la Victoire de la musique de la Révélation féminine 2025. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.