L’Escale, sorte d’oasis rafraichissante où le talent s’écrit en musique.

Aux Solidarités, les artistes se répartissent en quatre lieux de représentations à la capacité variable. Les têtes d’affiches sont généralement programmées à la Place des Arts, voire à la Scène P&V si leur infrastructure technique n’est pas trop encombrante (et oui, certaines contraintes rentrent également en ligne de compte, il n’y a pas que la notoriété qui influence le choix de l’endroit). Mais les plus curieux, ou tout du moins ceux qui s’aventurent hors du secteur compris entre ces deux scènes précitées, auront certainement déjà vu et entendu qu’il y a également des animations, musicales et visuelles, sous la grande tente servant de bar et d’endroit de rencontre entre l’allée des associations et les boutiques du merchandising. Un petit espace scénique est en effet coincé dans le fond, à l’opposé du lieu où l’on vous sert vos boissons. Ce site s’appelle la Casa. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans un autre reportage. Car notre pérégrination ne s’arrête pas là, mais un peu plus loin encore, à l’extrémité du site en fait, derrière l’hôtel où les artistes peuvent rejoindre leur loge. Là, vous trouverez un chapiteau, notre quatrième espace scénique dans l’ordre de découverte, celui dénommé Escale. Si l’on s’en réfère au dictionnaire, voici la définition du mot « escale » : lieu d’arrêt ou de relâche et de ravitaillement (pour un navire, un avion). L’idée d’un lieu un peu à l’écart, réservé à des propositions artistiques plus confidentielles n’est pas neuve. Elle existe depuis quelques années déjà, mais l’emplacement de cet espace, et son agencement, ont évolué. On apprécie que l’espace disponible ait été légèrement augmenté, mais la yourte qui était proposée auparavant nous semblait plus accueillante encore, de par sa configuration ronde, permettant à de nombreux enfants d’apprécier les activités proposées, et la noblesse des matériaux qui la composaient (plancher en bois, vitraux de couleurs…), soit. Son éloignement, de fait, du centre névralgique du festival, et un line-up censé être moins « tape à l’oreille » (Ndlr : expression inventée pour l’occasion, les initiés comprendront) devaient en limiter l’accès, par choix, à une grande partie de l’assistance, mais dans la réalité, il en alla bien différemment … Est-ce justement dû à ces arguments avancés ci-dessus, ou au fait qu’avec la présence continue, presque, du soleil, cet espace était l’un des seuls à proposer fraîcheur et obscurité parfois bien reposante, on ne le saura pas, mais force est de constater que l’Escale a fait salle comble pour quasi toutes les prestations proposées. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles nous ne pourrons vous proposer que des clichés de certains shows, pour les autres, le planning, et/ou l’accès à la salle, ne nous le permettaient pas. On doit aussi dire que la programmation était d’une telle qualité que nous avons d’ailleurs été étonnés de voir certains artistes programmés dans un espace aussi cosy. Certains ont en effet encore foulé les planches de scènes bien plus grandes devant un nombreux public quelques jours ou semaines à peine avant leur show à Namur. On commence notre présentation des artistes de l’Escale par celui qui a inauguré la scène cette année, Ola. Certains l’ont découvert en 2019, dans une émission appelée The Voice Belgique (8e saison). Il avait ravi les 4 coachs lors de son audition à l’aveugle avant de rejoindre l’équipe de Matthew Irons, le leader du groupe Puggy. Assez timide et angoissé, Ola avait toutefois franchi les épreuves jusqu’à une demi-finale où il ne fut certes pas retenu, mais a marqué les esprits par sa reprise d’Yves Montand (Les feuilles mortes). Au fil des années, Ola a sorti quelques singles, mais le voici désormais présentant son premier album, Reaper (la faucheuse en anglais), où les quatorze pistes proposées le sont dans la langue de Shakespeare, mais avec une participation qui pourrait vous rappeler quelques souvenirs puisque l’artiste invitée est Charles, qui était sa concurrente à l’époque dans l’équipe du chanteur anglo-saxon. Ils partagent d’ailleurs le même batteur sur scène… Ce même vendredi, en début de soirée, c’est à Benni d’occuper l’espace de cette scène annexe. La jeune artiste originaire de Vielsalm vient juste de sortir son premier EP « Bleeding Colours » mais elle arpente les planches depuis très longtemps déjà. Touche à tout dans les arts divers (dessin, peinture, photographie, écriture …), Barbara Petitjean se dirige toutefois inexorablement vers la musique dès son plus jeune âge. Assez introvertie, elle hésite toutefois à se produire devant du public. Mais un voyage de 10 mois en Nouvelle-Zélande va lui ouvrir de nouveaux horizons, et on ne parle pas ici que de la splendeur des paysages de ce pays situé quasi à l’opposé de la Belgique sur le globe terrestre. Benni s’y ouvre au monde, s’ouvre aux autres, et donc par conséquent au public aussi. Si l’oiseau fait son nid petit à petit, Benni agit d’une manière similaire avec sa carrière, franchissant les marches une à une. Ainsi, après avoir assuré les premières parties de nombreux artistes plus aguerris, elle va se produire prochainement à l’Ancienne Belgique en tant que tête d’affiche du jour. Et oui, son rêve, elle le touche du bout du doigt. Ce 26 novembre, c’est bien Benni qui sera la star du soir à l’AB club. Samedi, il faudra encore plus anticiper pour atteindre les premiers rangs de l’Escale car vous êtes très nombreux sur le site Ecolys. Il faut dire qu’avec Solann, Yanns, Rori, Yodelice, Kyo et le phénomène du moment, Héléna, l’affiche est alléchante. Nous ne louperons évidemment pas les deux premiers cités, mais dès la fin du troisième morceau de Yanns (l’interprète de Clic Clic Pan Pan Pan), nous filons à l’anglaise retrouver un Suisse en la personne de Léman. S’il est né à Genève, c’est bien en France que Léman rencontre un premier succès avec le public, en participant, et oui encore un, à l’émission The Voice dès 2017. Ce n’est toutefois qu’en 2024 qu’il sort son premier EP « On est plein », qui rencontre un succès immédiat et presqu’inattendu sur les réseaux sociaux. Vous voulez en découvrir plus sur l’univers de ce diamant
Sam Sauvage, inclassablement frivole.

La folie de Philippe Katerine, une gestuelle tantôt maniérée façon Jacques Brel, tantôt aussi désinvolte que les groupes new-wave des années 80, le séquençage de phrasé de Benjamin Biolay, la chevelure d’Alain Souchon… Sam Sauvage est une sorte d’hydre aux personnalités multiples. Très tôt, Hugo Brebion s’intéresse à la musique par le biais de la guitare, tout en appréciant la poésie des grands auteurs français comme Rimbaud, Baudelaire, Verlaine. Si son premier crush musical se nommé Bob Dylan, il ne se désintéresse par pour la cause de son attrait pour la littérature et les textes qui ont du sens, découvrant ainsi les œuvres de Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Bernard Lavilliers et Benjamin Biolay, tient donc. Comme tout ado qui se respecte, il débute toutefois dans un groupe qui propose des compositions en anglais, mais Hugo, alias Sam Sauvage, se rend rapidement compte que son chemin ne suit pas cette autoroute toute tracée. Il préfère le petit sentier de traverse qu’il emprunte désormais seul avec ses compos en français. Pas à pas, il va franchir les écueils, se forgeant un réseau, remportant des concours et tremplins, jusqu’à devenir un pion essentiel de l’échiquier. Il n’a certes pas encore la reconnaissance d’un Stromae, mais ses titres sont diablement bien construits tout en gardant une rythmique entraînante. Pour découvrir le personnage, pourquoi ne pas débuter par ses derniers morceaux ? Ils sont assez représentatifs de son mood du moment. On vous conseille « Pas bourré » et « Les gens qui dansent (j’adore) » . A Namur, sur la scène principale des Solidarités, il s’est montré fidèle à lui-même, généreux et décalé, arrivant en costume cravate mais se dandinant au moindre son tel un lombric sous exctasy. Avec Sam Sauvage, vous avez l’assurance d’un spectacle hors du temps, non formaté, où l’artiste prend des libertés. Celle de ressentir la musique, celle d’envoyer valser les conventions, celle d’entrer en connexion avec le public. Sam compositeur, Sam chanteur, Sam musicien, Sam …artiste tout simplement. Les Solidarités ont vibré avec lui, mais Sam Sauvage n’en n’a pas terminé avec la Belgique. Il reviendra en effet pour deux dates en novembre, le 27 à la ferme du Biéreau à Ottignies-Louvain-la-Neuve et le lendemain, vendredi 28 à la maison de la culture de Tournai. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Le Pays de Galles se place sur la carte du punk avec Panic Shack.

Elles sont quatre, Sarah Harvey (chant), Meg Fretwell (guitare, chœurs), Romi Lawrence (guitare, chœurs), Emily Smith (basse), énergiques et volontaires. En 2018, à Cardiff, elles décident de former Panic Shack, un groupe féminin de punk. Et oui, nous connaissons le Pays Galles pour ses équipes sportives, notamment en foot et en rugby, mais côté musique, on ne peut pas dire que les artistes originaires de ce pays inondent nos ondes radios. On notera bien que Tom Jones, Michael Jones, les Manic Street Preachers et Stereophonics sont Gallois, mais derrière ces locomotives, c’est un peu le désert qui se dessine à l’horizon. Et puis voilà Panic Shack, ses riffs de guitares, ses textes à thèmes et son énergie débordante sur scène. Leur premier single, « Jiu Jits You », sorti en 2020 est une sorte de clin d’œil aux dragueurs un peu lourds qui tentent leur chance en bars. Mais d’autres sujets sont à l’ordre du jour avec la dénonciation du culte du corps, voire de la maigreur, à outrance, dans « Gok Wan » dont voici un extrait traduit : « Je m’accroupis pendant deux heures par jour pas assez pour éloigner l’anneau rouge de la honte si mon estomac est plat et que mon cul est guillerette peut-être que je peux amener tout le monde à m’aimer » Leur premier album (EP) porte le nom de Baby Shack. Et non, ce n’est pas cette comptine à peine énervante où l’on fait le compte de toute la famille de requins. Celle-là c’est Baby shark. A une lettre près, à peine … mais au final, tout un monde de différence. Ici, c’est rock, punk, audacieux et malicieux. Si vous voulez voir ces 4 mousquetaires et leur batteur Nick Doherty-Williams sur scène, profitez de l’opportunité qui s’offre à vous, Panic Shack sera ce 19 novembre 2025 au Trix à Anvers. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
White Corbeau vous emmène vers d’autres cieux.
Alexis Zounguere-Sokambi a.k.a. White Corbeau est un artiste bruxellois maîtrisant plusieurs disciplines. Diplômé en architecture, il décide toutefois de se dédier entièrement à sa passion première dès ses études terminées, la musique. A l’image de son nom de scène, et de ce qu’il représente, un oiseau insaisissable, rare, mais capable de se débrouiller dans les milieux les plus hostiles, le corbeau blanc, Alexis se veut libre, apte à profiter du « Release Mode ». Vous ne voyez pas de quoi l’on parle ? Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas un concept que nous adoptons naturellement. L’artiste le définit comme suit : un état d’euphorie, de confiance en soi et de hautes vibrations. Pourtant, sur scène, White Corbeau paraît calme et apaisé. Derrière son clavier ou face au public, il pose ses mots, appliqué. Il faut dire que s’il n’est pas une star adulée comme certains autres artistes de l’affiche du festival, il n’en demeure pas moins un chanteur accompli qui a multiplié les performances ces dernières saisons. La différence ? White Corbeau vient à la rencontre du public. Pas de son public, non, mais des passants en rue ou devant l’entrée d’une gare par exemple. Seul avec son matériel, il tente d’attirer l’attention. A Namur, il était accompagné de musiciens, et c’est bien sur une scène, face à une assistance venue pour assister au concert qu’il s’est produit. Là, on découvre une voix étonnement puissante et riche. Il faut dire qu’enfant il faisait partie d’une chorale. Et oui, cela forme, l’air de rien. Jazz, pop, rap … White Corbeau puise dans plusieurs milieux musicaux, et cela lui réussit plutôt bien. Tantôt apaisant, parfois remuant, il nous sert un menu composé de plats divers et variés issus d’une discothèque déjà riche de trois albums. Pour le découvrir, nous vous conseillons « Bodyguard » issu de son dernier opus, Forêt, sorti cette année. Et sur scène, la prochaine expérience se déroulera à Gembloux, ce 26 septembre pour Wally en fête. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Styleto, la grande sœur que les ados rêveraient d’avoir.
La silhouette élancée d’un mannequin, de grands yeux bleu azur, un goût prononcé pour la mode et surtout une notoriété qui dépasse les frontières, Styleto a tout pour plaire au public le plus critique de ces dernières années, les adolescents et jeunes adultes en phase de construction personnelle. Pourtant, Laure Gonnet, de son vrai nom, n’est pas un produit confectionné par et pour la télé réalité. Son passage à la Star Ac’ n’était pas prolongé en tant qu’élève, mais bien comme invitée pour interpréter « Faut que tu m’aimes », le titre qui lui a permis de se faire connaître du grand public. Mais Styleto, qui aurait d’ailleurs dû se nommer Style tonic si certains ne lui avaient pas évoqué que cette appellation faisait penser à un cours de yoga, n’en demeure pas moins une actrice active des « nouveaux médias » surfant avec habilité sur la vague des technologies actuelles. Dès ses 16 ans, elle crée sa chaîne Youtube personnelle où son authenticité fait directement mouche. Un peu plus tard, c’est sur Instagram que la jeune artiste en herbe se crée une nouvelle communauté, qui va, elle, pouvoir profiter des premières notes officielles de Styleto en tant que chanteuse, celle-ci postant sa reprise de « Mourir sur Scène » de Dalida. Les retours sont encourageants mais c’est encore plus la vidéo de « Gaffe aux autres » de Ben Mazué qui va servir de déclencheur à la bombe Styleto. L’artiste original, intrigué, rencontre Styleto dans un café parisien. Le courant semble bien passer entre les deux puisque Laure va, un peu plus tard, obtenir un duo sur scène avec Ben Mazué lors de la tournée de ce dernier. En 2022, Styleto met donc un pied dans l’univers artistique et son pendant économique en sortant, en indépendant, un premier album, exclusivement composé de reprises. Sa version « Lyon, je t’aime » d’un titre bien connu d’Angèle est reposté par la Bruxelloise, signe que Styleto est sur la bonne voie. Mais Styleto ne veut pas que chanter, elle veut faire passer des messages, s’exprimer sur ses attentes, les dérives de la société, les problèmes rencontrés en fin d’adolescence. Elle décide donc rapidement de se lancer dans la composition d’un album qui proposerait ses morceaux personnels et non plus des adaptations d’autres artistes. Le processus créatif va prendre du temps (3 ans) mais Styleto ne s’enferme pas chez elle comme un ermite durant cette période, elle se permet même le luxe de collaborer à un morceau de Louane. « Entre nous, ça a tout de suite matché, raconte Styleto. Nous nous ressemblons. Même âge, même inquiétudes et passions. Nous sommes deux hypersensibles qui aiment rire et pleurer en même temps. » C’est ainsi que naît « Capitaine ». Désormais « Fille lacrymale » est (enfin) disponible. Ce bébé que Styleto a porté pendant près de 36 mois peut être présenté au public. Quinze titres au sein desquels Laure se livre sur ses expériences dans un langage simple, parfois imagé, sur fond de pop. On y retrouve évidemment « Faut que tu m’aimes » qui aborde le thème de s’assumer et de s’aimer sans le regard des autres, mais aussi « Dans la moyenne », sorte de chanson décomplexante à l’image de « Un type normal » de Saule, sans oublier « Trop bonnes » qui s’attaque ouvertement aux comportements machistes et sexistes déplacés qui sévissent encore trop souvent dans nos contrées. Vous avez loupé Styleto aux Solidarités, ou vous en voulez plus, encore, et bien sachez qu’elle sera de retour en Belgique, à Seraing, à la salle de l’OM ce 07 novembre 2025. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Les reines de la provoc’ sont de retour.

En 2023, le trio formé par Phoebe Lunny, Lilly Maciera et Catt Jack fut l’une des révélations de la scène Razorback. Energiques à souhait, un poil provocatrices et surtout excellant dans l’art de proposer un show dynamique auquel le public a immédiatement adhéré, les Lambrini Girls ont marqué les esprits. Il faut dire que le service de sécurité et les ingénieurs son n’ont pas été épargnés, Phoebe décidant alors d’effectuer la majeure partie de son show dans le public, montant même sur les épaules d’un festivalier pour traverser la foule. Nous ne comptions donc pas manquer leur retour à Charlevielle-Mézières. Ce fut l’un des concerts marqué d’une croix sur notre planning. Entre leur premier passage au Cabaret Vert et leur retour en bord de Meuse, les Lambrini Girls ont, de plus, gagné en notoriété en sortant leur premier album « Who Let the Dogs Out (2025) », mais aussi par quelques sorties publiques remarquées et par le boycott de deux festivals, le SXSW (Etats-Unis) et The Great Escape (Grande-Bretagne) qui sont ou ont été sponsorisés par des groupes proposant de l’armement militaire. Les Lambrini Girls ont effet un penchant assez exacerbé pour la provocation, certes, mais toujours pour défendre au mieux leurs convictions car c’est pour crier haut et fort leurs peurs et attentes qu’elles font du bruit (sic). Leurs titres dénoncent les lieux de travail toxiques (‘Company culture’), la masculinité toxique (‘Big dick energy’), les relations toxiques (‘Love’) et les dirigeants mondiaux toxiques (‘Filthy rich nepo baby’)… la liste de leurs revendications et griefs envers une société qui ne s’adapte pas assez vite aux changements fondamentaux que l’on enregistre au sein de la population est à vrai dire assez longue. Leur progression est toutefois continue, preuve que leurs messages trouvent un écho dans le public, dans la presse mais aussi chez les organisateurs de festivals et concerts. Elles sont ainsi venues à l’AB en mars et ont foulé la scène de Werchter également. Cette fois donc, retour au Cabaret Vert. L’espace porte le même nom, à savoir Razorback, mais est beaucoup plus grand suite à son déplacement sur l’ancien terrain de rugby. Le groupe a aussi perdu Catt Jack. Phoebe Lunny reste donc la seule membre fondatrice du groupe, mais avec Lilly Maciera, venu rejoindre le band en 2022, elle a décidé de faire perdurer le concept, engageant également un renfort batterie pour les prestations live. Quelques minutes avant leur arrivée sur scène, le public est déjà au rendez-vous. L’expérience passée a sans doute joué un rôle fédérateur. Mais allait-on assister à une prestation aussi aboutie, ou devrais-je dire « déjantée », que lors de leur dernier passage ? La réponse est évidemment oui, Phoebe étant une femme forgée pour le contact du public. Son énergie, son entrain, ses interventions parlées, sa gestuelle, tout dans son comportement incite l’assistance à participer au show, d’autant qu’elle a remis le couvert en descendant de scène pour aller rejoindre les fans sur la pelouse. Retenez bien ce nom : les Lambrini Girls. C’est percutant. Et elles seront de retour à l’AB, dans la grande salle cette fois, dès ce 8 décembre (avec en opening Enola Gay). Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Youssoupha : quand le rap se veut bienveillant et rassurant.

En 20 ans de carrière (il sort fin 2005 un street DVD, « Éternel recommencement » bien que des projets précédents existaient déjà, mais pas comme artiste solo), Youssoupha Mabiki Zola, dénommé tout simplement Youssoupha comme chanteur, n’a jamais récolté de Victoire de la Musique. Il ne dispose pas non plus d’un NRJ Music Awards dans sa bibliothèque (il a toutefois été nommé dans ces deux compétitions). Il n’a jamais vu l’un de ses albums atteindre le sommet des ventes que ce soit en France ou en Belgique. Et il est loin d’être l’artiste le plus « streamé » de sa génération. Pourtant, Youssoupha a sorti sept albums studio (le dernier, Amour Suprême, date de cette année) et certains de ses textes sont de vrais bijoux. Loin de l’image du rappeur-gangster qui semble attiser les convoitises des plus écervelés, Youssoupha n’assène pas une suite interminable de jurons en franglais, ne fait pas état d’un quelconque braquage et n’encourage pas au viol, au vol, au rapt ou au meurtre. Non, Youssoupha n’utilise pas ce langage-là. Il est père de famille et fier de l’être, comme il l’exprime avec tant de compassion et d’amour dans « Dieu est grande », ôde bienveillante dédiée à sa fille Imany dont voici un extrait. « N’écoute pas les peurs et les beaux parleursMoralisateurs, leur cœur est minimeIls ont cette façon de d’mander pardonPardon à Dieu et jamais aux victimesOn peut s’aimer sans toujours être d’accordOn peut s’aider même si on s’connaît à peineSi t’as des enfants, apprends-leur d’abordC’que t’aurais aimé qu’à toi, on t’enseigne » Alors oui, il a été accusé d’avoir menacé publiquement Eric Zemmour, mais fut reconnu non coupable en appel et s’est exprimé sur le sujet. La musique de Youssoupha se veut rassembleuse et rassurante, ce qui ne l’empêche nullement d’être fier de ses racines africaines. Il est en effet né à Kinshasa, d’un père Congolais et d’une mère sénégalaise, mais c’est en France qu’il grandit et qu’il réussit avec brio ses études. Ce pays qu’il défend et qui le lui rend finalement bien en le nommant Chevalier des Arts et des Lettres en 2016. Il faut dire qu’il a la plume habile, comme dans ce « Polaroïd Experience » dont voici un très court extrait : « Mon continent est gravement atteint et je gamberge Je vis parmi les diamants mais je meurs dans la merde Je suis le fils du Congo, je suis le fils de Kin Je suis le fruit d’un complot, je suis le fruit d’un crime J’ai eu un fils avant ma fille ça c’est le choix du roi J’ai eu un disque avant mon fils ça c’est le choix du rap Je suis un père parano, qui flippe des lendemains Moi, J’suis un père par amour car j’ai pas vu le mien » Sur la scène principale des Solidarités, c’est avec son sourire légendaire que Youssoupha fait son entrée. Short en jeans à poches, baskets blanches et bleues, tee-shirt noir recouvert d’une veste sans manche sur laquelle figure, dans le dos, la mention « T’avais jamais entendu de rap français », l’artiste est en mode décontract. Il ne lui faut pas une chanson complète pour venir à la rencontre du public. Son pas énergique emprunte l’avancée, et le voici au plus proche des fans des premiers rangs. « On pensait venir cool en après-midi. A cette heure, il n’y a pas toujours du monde en festival. Mais là, vous êtes déjà en mode attaque. Nombreux et motivés. Avec une telle énergie, il serait possible que l’on passe le meilleur concert de l’été ici, maintenant ». Youssoupha sait comment parler à la foule. Mais c’est vrai qu’au fait « On se connaît » si l’on s’en réfère à son hit sorti dès 2012 (en décembre, donc certains vous diront en 2013). Vous l’aurez deviné, le moment fut plus qu’agréable avec ce rappeur non conflictuel, qui est, si vous ne le saviez pas, l’oncle d’une artiste bruxelloise bien connue du monde de l’urbain, à savoir la percutante Shay. Ps : si le cœur vous en dit, Youssoupha n’a pas encore de date pour son prochain concert en Belgique, mais il viendra à quelques encablures à peine, à Esch-sur-Alzette (Luxembourg) ce 15 novembre 2025, à la Kulturfabrik. A bon entendeur… Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
La tornade CMAT souffle une douce folie sur la scène Razorback.

Cachée derrière le Royaume-Unis, l’Irlande est une île riche en monuments culturels, dives boissons et légendes en tous genres. C’est en effet de ce lopin de terre où le trèfle s’affiche comme un symbole immuable, appelé là-bas shamrock, que nous viennent les Banshees (messagères de la mort) mais aussi le Leprechaun qui a sans doute inspiré quelques personnages de la Saga du Seigneur des Anneaux. Mais l’Irlande est aussi une terre de musiques. On peut en effet utiliser le pluriel car si le Dublin moderne accueille désormais les sonorités pop et électro actuelles, on n’oublie nullement les racines celtiques mais surtout l’ancrage rock qui est lié ce territoire. Sinéad O’Connor, Bob Geldof, The Dubliners, Enya, The Cranberries, Hozier, Dermot Kennedy, Van Morrisson et l’incontournable U2 sont effectivement bien tous issus de cette Irlande qui a également brillé à l’Eurovision notamment grâce au phénomène Johnny Logan, seul détenteur de trois trophées du concours, deux en tant qu’interprète et un comme auteur. On est donc prévenu, quand un artiste irlandais (ou représentant l’île) s’exporte, il peut marquer les esprits. Ciara Mary-Alice Thompson alias CMAT ne déroge pas à cette règle. Il faut dire qu’elle a reçu les conseils avisés d’une certaine Charli XCX. Maniant l’humour à forte dose, elle définit son style ainsi : « Dolly Parton rencontre Weird Al Yankovic, mélangé à Katy Perry » (from le réseau social X). Je ne sais si vous imaginez bien la scène, mais c’est un peu perturbant. Et côté musique, cela donne une sorte de goulash pop – rock- country assaisonnée à l’humour maison comme dans ce « I Don’t Really Care For You » au titre évocateur. Visuellement, pour comprendre l’humour décalé du personnage, on vous conseille le clip de « Have fun ! ». Tout ceci, ce sont des chansons et des clips, mais sur scène, le personnage se transforme. Elle semble comme sortir de son enveloppe charnelle, prête à faire feu de tout bois. Elle sautille, se roule au sol, entame une danse lascive puis s’immobilise telle une statue de sel. CMAT est un être de scène, assurément. Elle est de ces artistes qui se transcendent sur les planches, prenant conscience que là c’est son domaine, celui où elle guide le troupeau. Nous espérons que ces clichés vous ferons un peu découvrir l’univers complétement déphasé de cette artiste à découvrir, sinon, la vidéo de son morceau « Stay For Something » (BBC Introducing) interprété au festival Glastonbury 2025 est disponible sur le net. Vous êtes fans ou simplement curieux ? Sachez que CMAT s’est produite récemment au Pukkelpop où elle a conquis la foule, mais c’est bien au Botanique qu’elle a découvert les salles belges dès 2022 (avec un autre passage en février 2024). Chance unique pour vous, CMAT se produira à l’Ancienne Belgique le 16 mars 2026. Les tickets seront en vente dès ce 05 septembre 2025 sur Livenation.be Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
DJ Snake s’offre une parenthèse verte à Charleville-Mézières.

Il remplit le Stade de France, se produit au Superbowl, embrase le Japon et l’Inde. Ses shows sont percutants, visuellement attractifs et toujours endiablés. Il a travaillé avec Lady Gaga, Kenye West, Justin Bieber et bien d’autres. Ce 25 septembre, il deviendra le 1er Français à se produire dans la Sphère, cette salle américaine d’une capacité de 18 000 places qui fait preuve d’innovations techniques sans précédents (le plus grand bâtiment sphérique en superficie, le plus grand écran led au monde, un son 4d orientable…) mais au prix d’une consommation énergétique hallucinante également. Soit, passons sur ce point car ce n’est pas vraiment en équation avec les valeurs du Cabaret Vert. DJ Snake n’en finit plus d’affoler le paysage musical depuis la sortie de cet ovni qui a lancé sa carrière, « Turn down for What » avec Lil Jon. Et pourtant, c’est bien à Charleville-Mézières, à l’occasion du Cabaret Vert, que le phénomène mondial du mix urbain, le Serpent himself, est venu proposer ses titres les plus emblématiques comme « Let me Love you » (ft Justin Bieber), « Taki Taki » (Cardi B) ou encore « Loco Contigo » (J.Balvin et Tyga), preuve que l’événement du Grand Est s’est forgé, au fil des éditions, un nom dans l’univers des places fortes de l’été. Le pari était toutefois risqué de placer William Sami Étienne Grigahcine, et oui, c’est son vrai nom, en clôture du jeudi, car le public allait-il attendre 01h du matin pour le show du grand Snake en sachant que son prédécesseur sur ces mêmes planches, Jamie XX, est lui spécialisé dans de l’électro aux basses répétitives et qu’à quelques encablures de là, sur Razorback, on se la jouait femmes rockeuses déterminées avec CMAT, Panic Shack et les Lambrini Girls ? Pari osé, pari risqué. La plaine était en effet encore remplie à l’heure fatidique, celle où le Parisien désormais exilé aux States rentre sur la scène Zanzibar, vêtu d’un tee-shirt orange floqué du numéro 1. Le Serpent est dans la place et il ne vous lâchera plus. Ses sons vous bercent, ses lights vous distraient et le feu vous pique… La stratégie est bien huilée et la machine tourne à plein régime. L’assistance est conquise. J’en connais qui ont peu dormi cette nuit-là, mais c’était pour la bonne cause, un moment fort en émotions. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Adèle Castillon inaugure la scène Zanzibar en mode festival de Cannes.

A 23 ans, Adèle Castillon du Perron semble avoir déjà vécu deux vies pleines. Dès ses 15 ans, elle est repérée par un agent et intègre le casting d’un film de Dominique Farrugia, aux côtés de Gilles Lellouche et Louise Bourgoin. Quelques mois plus tard, la voilà envoyée à Dharamsala (Inde du Nord) pour interviewer le dalaï-lama. De retour de ce voyage particulier, la jeune demoiselle crée le groupe Videoclub avec Matthieu Reynaud, son compagnon du moment, tout en continuant en parallèle sa carrière d’actrice. Lorsque le couple, et donc aussi le duo, éclate en 2021, Adèle ne se démonte pas, termine la tournée en solo et décide d’ailleurs de lancer, dans le prolongement, son projet musical personnel avec un premier titre directement remarqué, Impala. Un nouveau phénomène de l’électro-pop française est né. Adèle Castillon se livre à coeur ouvert sur ses attentes, ses peines, ses addictions, et tout ceci avec un grain de voix qui nous fait inexorablement penser à Adé, l’ancienne chanteuse de Thérapie Taxi partie elle aussi désormais en solitaire. C’est résolument pop, assez dansant, répétitif, mais du coup … addictif. Adèle Castillon est une étoile dont la courbe semble bien ascendante, au point d’avoir été invitée dans 22 festivals entre mai et septembre 2025. Des Nuits Botaniques au Rose festival cher à Bigflo et Oli, en passant par les Vieilles Charrues, Décibulles ou encore les Ardentes, les titres « A la Folie » ou « Amour plastique » ont résonné un peu partout cet été. Il était donc normal d’offrir à cette grande demoiselle la grande scène du Cabaret Vert. Malgré une température à faire fondre un eskimo en une fraction de seconde, Adèle avait ses moon boots qui font désormais presque partie du décor, mais surtout son enthousiasme et sa bonne humeur. Petite tenue estivale noire, lunettes de star… il ne manquait plus que le tapis rouge pour se retrouver au pied des marches du plus célèbre festival de cinéma de l’Hexagone. Pour plus de détails, et bien il faudra vous rendre à l’un de ses concerts. Retrouvez les clichez du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Pour la der’ de l’été du Sabotage Tour, Charles fait tout exploser aux Solidarités.

Le 23 avril 2019 restera certainement gravé à jamais dans la mémoire de Charlotte Foret car c’est ce jour-là que sa carrière d’auteure-compositrice-interprète a pris un élan phénoménal grâce à sa victoire au terme de la huitième saison de The Voice Belgique, sous la houlette d’un certain Matthew Irons, le leader du groupe Puggy. Elle a beau s’habiller régulièrement en noir, c’est bien sous les projecteurs que Charles (nom de scène choisi en l’honneur de son grand-père) évolue depuis lors. Une voix hors norme, légèrement eraillée, un sourire ravageur, quelques folies capillaires (elle semble désormais avoir opté pour le rouge) et un look toujours travaillé dans les moindres détails, Charles ne passe pas inaperçue. Mais c’est surtout sur scène qu’elle attire tous les regards grâce à ses compos enivrantes, la plupart en anglais, mais certaines aussi, et non des moindres, en français, comme ce superbe morceau « Le marbre » dont le rythme lancinant allié au phrasé saccadé de l’artiste nous entraîne dans une spirale mélodieuse qu’on aimerait sans fin. Pour ne pas plonger ses fans dans un dilemme manichéen, Charles a opté pour une solution qui agrée autant les francophiles que les adeptes de la langue de Shakespeare : son nouvel album propose cinq titres déclinés, pour chacun, en deux versions, française et anglaise. Cet album, nommé Sabotage, est sorti début de cette année. Il est donc logique d’avoir pu profiter de l’artiste à de nombreuses reprises cette saison, que ce soit en salles ou en festivals. Charleroi, Bruxelles, Liège, Louvain-la-Neuve, Arlon, Gand, mais aussi Werchter, LaSemo, Les Francofolies de Spa et Ronquières. Charles n’a pas dû s’ennuyer ces derniers mois ! Mais comme le dit l’adage, chaque bonne chose a une fin. Et bien c’est à Namur que la chanteuse a posé son micro pour sa dernière prestation de l’été. On ne parlera pas de point d’orgue, car difficile de rivaliser avec un méga festival comme Werchter, mais on y a retrouvé une Charlotte pétillante, ravie de retrouver son public et toute aussi contente de pouvoir (encore) proposer ses titres qui ont évidemment trouvé écho auprès de ses très nombreux adeptes. Charles était en forme, vous aussi. Ces deux ingrédients combinés ont donné un concert puissant qui a mis une ambiance de feu à l’assistance. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Aucun nuage sur la prestation de Zaho de Sagazan.

Depuis la sortie de son album « La Symphonie des éclairs », en mars 2023, l’auteure-compositrice-interprète et musicienne française multiplie les concerts, glane de nombreux récompenses et ne cesse de faire grandir le cercle de ses admirateurs. Sur les deux dernières éditions des Victoires de la Musique, la demoiselle a ramené cinq trophées dont ceux de l’album original et de la chanson de l’année (2024) ainsi que le très prisé prix de l’artiste féminine (2025). Adoubée par ses pairs, Zaho de Sagazan aurait pu se reposer sur ses lauriers, mais croire qu’elle agirait ainsi serait mal connaître celle qui n’a jamais ménagé ses efforts pour viser les sommets. Plus jeune, elle n’hésitait en effet pas à enfiler les sessions de danse, y passant jusqu’à 7h par jour. Il faut dire que l’une de ses sœurs ainées n’est autre que Leïla Ka, la chorégraphe en vogue chez nos voisins d’Outre-Quiévrain et même hors de ces frontières (elle a déjà travaillé avec Beyoncé et mis en scène le ballet national du Chili). Hypersensibles toutes deux, du moins c’est ainsi qu’elles se définissent, elles collaborent sur certains événements comme lors de la cérémonie d’ouverture du festival de Cannes 2024 où Zaho de Sagazan nous a offert une version personnelle poignante de Modern Love du regretté David Bowie. Pas de cérémonie de clôture de JO à l’horizon cette fois pour Zaho de Sagazan, mais une première remarquée dans la périphérie de Namur, sur le site Ecolys, emplacement choisi ces dernières années par le festival des Solidarités. Vous l’imaginez bien, la demoiselle était attendue par de nombreux fans. Ce n’est pas compliqué, la Place des Arts était noire de monde. Même une mouche aurait dû avoir un brevet de pilote émérite pour s’y frayer un chemin. Dans cette foule, toutes les générations se côtoient car c’est l’un des aspects du répertoire de l’artiste, il rassemble. Et si vous avez tous pris du plaisir avec cette performance investie de Zaho de Sagazan, un jeune garçon, Romain (11 ans) en gardera certainement un souvenir inoubliable, celui d’avoir interprété un refrain de « la Symphonie des éclairs » comme il l’avait sollicité sur son carton. En conclusion, les organisateurs du festival ont visé juste avec Zaho de Sagazan, la soirée fut magique. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.