11 février 2026

Théodora ou Sean Paul, telle est la question …

Le vendredi 15 août, jour férié et de grande affluence au Cabaret Vert (30 000 personnes, soit un sold-out) a vu les festivaliers devoir choisir entre deux artistes qui ne représentent certes pas les mêmes valeurs, ni une même génération, l’un étant beaucoup plus « aguerri » dirons-nous que l’autre, mais qui défendent une musique festive aux accents caribéens. Théodora, l’artiste franco-congolaise qui ne cesse de voir augmenter de manière affolante son fan club depuis quelques mois débutait en effet son show à 21h00 sur la scène Greenfloor, soit vingt minutes à peine après l’entame du set de l’indétrônable Sean Paul et ses 11 millions d’albums vendus, le Jamaïcain se produisant lui sur la scène Zanzibar. J’en vois qui élaborent déjà un plan : dix minutes pour Sean Paul puis on fonce à l’autre scène… Je vous arrête de suite car ce plan n’est pas applicable pour trois raisons. Choisir c’est renoncer annonce une célèbre maxime, et bien dans ce cas, choisir est obligatoire, sinon vous deviez renoncer aux deux spectacles, et cela aurait été dommage vu le niveau. On a donc tenté de faire un petit jeu des forces et faiblesses en présence grâce à un outil désormais utilisé parfois à mauvais escient, l’Intelligence Artificielle (AI). Ici, pas de devoir scolaire à rendre ni d’examen à passer, juste un test pour comparer les artistes en présence, et nous avions fourni des instructions suffisamment claires et strictes pour rester sur les rails du débat de base, consigne obligatoire lorsqu’on manie cet outil.  Théodora, alias « Boss Lady », et Sean Paul : deux figures qui, à première vue, semblent appartenir à des mondes musicaux distincts — et pourtant partagent des points de convergence qui disent beaucoup des dynamiques actuelles de la pop, du dancehall et des musiques urbaines. Sur le plan des forces, Boss Lady impose d’abord une présence scénique et symbolique : elle incarne une posture d’autorité féminine, portée par des textes qui célèbrent l’empowerment, l’indépendance et l’affirmation de soi. Son univers visuel est soigné, pensé pour la performance et le branding ; sa capacité à tisser une identité cohérente entre image, mode et discours lui permet de fédérer une communauté jeune et engagée. Musicalement, elle sait marier mélodie contemporaine et rythmiques urbaines, travaillant souvent des productions qui mettent en avant la texture de sa voix et la force du message. Sean Paul, de son côté, possède la force d’un vétéran qui a su transformer une voix et une culture locales en langage global. Sa signature vocale — syncopée, rythmée, reconnaissable dès la première syllabe — et son sens du phrasé font de lui un interprète capable de convertir les codes du dancehall en tubes internationaux. Sa longévité s’appuie sur une aptitude à collaborer, à s’adapter aux tendances tout en restant fidèle à ses racines jamaïcaines : rythmes syncopés, patois, et groove immédiat qui invite à la danse. L’efficacité de ses refrains et son instinct pour les hits font partie intégrante de son talent. Les différences entre les deux artistes sont nettes. Boss Lady s’appuie souvent sur une construction narrative et un positionnement identitaire : ses morceaux peuvent être des déclarations, des manifestes en format pop/urbain, avec une attention particulière portée à la production visuelle et aux codes du marketing contemporain. Sean Paul, lui, vient d’une tradition de performance orale et de club : son art est d’abord une énergie rythmique, une propulsion physique qui privilégie le mouvement et l’oreille. Là où Boss Lady travaille peut‑être le récit intime et politique, Sean Paul privilégie la célébration, la fête et la transmission d’un vocabulaire culturel précis. Pourtant, leurs points communs sont significatifs. Les deux misent sur la puissance du rythme : chez Boss Lady comme chez Sean Paul, le tempo et la cadence structurent le propos et définissent l’expérience d’écoute. Tous deux savent aussi tirer parti des collaborations et des mixages d’influences — pop, R&B, électronique, dancehall — pour accéder à des publics larges. Enfin, ils partagent une même exigence de performance : scène, clip et présence médiatique sont au cœur de leur pratique, et contribuent à construire une image cohérente et mobilisatrice. En somme, Boss Lady et Sean Paul incarnent deux façons complémentaires de convertir une voix et une identité en force artistique. L’une privilégie le discours, l’esthétique et l’affirmation ; l’autre, la cadence, l’efficacité contagieuse et la transmission d’un héritage culturel. Quand l’une parle pour exister, l’autre fait danser pour rayonner — mais toutes deux maîtrisent l’art de capter et de retenir l’attention dans l’arène musicale contemporaine. Comme vous le voyez, même l’IA est incapable de trancher. Dans pareil cas, ne vous prenez donc pas trop la tête, faites le choix du cœur. Pour notre part, on déteste ce genre de dilemme, on vous rapporte donc des clichés des deux prestations (même si ce ne fut pas évident de trouver un trou de souris pour notre objectif aux abords de la scène occupée par Théodora). Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.

CABARET VERT : l’intégralité de la programmation musicale dévoilée.

Du bleu, du vert, du rose… Le tableau est complet, les couleurs débordent : la programmation 2025 du Cabaret Vert est désormais pleine et entière. Une quarantaine de nouveaux noms rejoignent la fête, ajoutant autant de sons, d’histoires et d’émotions à la fresque musicale qui se dessinera du 14 au 17 août dans les Ardennes.  Tous nouveaux, hyper chauds. Fidèle à l’esprit du festival, la suite du programme 2025 prévoit son lot d’artistes brûlants attendus le long de la Meuse. Remodelée cet été, la scène Razorback hurlera à la lune avec les shakers rockeurs Fat Dog, aussi remuants que sauvages, et les fulgurances post-punk des néerlandais Tramhaus. Côté dancehall, on affiche complet, propulsé par le boss Sean Paul et le prodige transalpin Kybba. Côté dancefloor, deux figures parmi les plus en vue de la scène électronique actuelle seront de la party à Charleville : le phénomène norvégien Alan Walker, couronné par ses tubes interstellaires (Faded, Alone…), et le surdoué français de la hard techno Trym.  Girls first ! Dans la playlist de l’été ardennais, on trouve aussi une armada d’indie girls bien décidées à dézinguer les citadelles du rock. Dans le sillage de la it-girl Suki Waterhouse, déjà annoncée cet hiver, s’invitent désormais l’adrénaline gouailleuse de Panic Shack, le glam show de CMAT, la sève juvénile californienne de The Linda Lindas, la colère jubilatoire (et contagieuse) des Lambrini Girls, et bien sûr, le rrriot punk de la Brésilienne Karen Dió, étoile montante planétaire du genre. Français, fais ce qu’il te plaît Retour de ce côté de l’océan, avec des personnalités frenchies hors normes qui viendront également assaisonner cette édition 2025. On prend de plein fouet la déflagration Eloi, une Francilienne qui boxe quelque part entre synthpop et électro-punk. On se laisse émouvoir par le performer mercurien Lucky Love. Et l’on suit les yeux fermés Adèle Castillon, dont les déambulations électroniques crèvent l’écran… et le cœur des festivaliers.  Rap en orbite sur le Greenfloor Têtes chercheuses, talents explosifs : le Greenfloor offrira un panorama des rookies rap, grand cru 2025. Citons la trap façon queen pour Le Juiice ou cosmopolite pour Dina Ayada, la new jazz du phéno JRK19, TH avec sa E-TRAP rocailleuse, le caméléon Ajna, l’ovni Jyeuhair, l’uppercut mumble rap de La Mano 1.9 ou encore l’univers sous haute influence rastafari de Jeune Lion. Et pour coopter cette nouvelle génération ? Le patriarche du rap hexagonal, Oxmo Puccino, dont la venue sur le Greenfloor sera forcément incontournable le dimanche, sous vos applaudissements.  L’affiche 2025 au grand complet Ces nouveaux appelés viennent grossir les rangs d’une édition 2025 qui s’annonce spectaculaire, avec 80 artistes dont Booba, MC Solaar, Will Smith, DJ Snake, Jamie xx, The Last Dinner Party, Zaho de Sagazan, Bigflo & Oli, Julien Doré, Idles, Vampire Weekend, Queens of the Stone Age, Landmvrks, Leprous, SDM, Theodora, Sammy Virji, VTSS, Genezio, Ven1, Horsegiirl, Kneecap, Wet Leg.  Audacieux, indépendant et durable depuis 2005 À Charleville-Mézières, les watts font aussi vibrer les bulles. Comme chaque année, le festival célébrera la bande dessinée avec séances de dédicaces, rencontres et remise de la 3ᵉ édition du Prix BD Cabaret Vert. Les passionnés du genre se mêleront aux amateurs de cinéma et de débat dans l’espace L’IDeal, pour une expérience toujours plus libre, curieuse et collective. Enfin, le festival promet de garder son cap éternel : prendre soin du monde autant que de son public. Cette année encore, il proposera aux festivaliers de mieux se déplacer, de consommer local et de produire moins de déchets…  Cabaret 2025 : le compte y est — et il est sacrément bon. Rendez-vous du 14 au 17 août 2025 dans les Ardennes.