L’Amiral reste seul capitaine du paquebot aux 30 millions d’albums.

A 80 ans, Michel Polnareff fait toujours recette. Certes, sa santé n’est plus optimale (il a dû annuler plusieurs concerts ces dernières années, dont trois récemment), et il doit désormais être épaulé dans ses déplacements. Mais une fois assis derrière son piano, ses lunettes de soleil vissées sur le nez, il retrouve ses marques et semble jouir d’une cure de jouvence temporaire, comme une parenthèse enchantée dans cette très longue carrière qui a marqué, et marque encore, plusieurs générations d’amateurs de musique. Il est désormais l’un des derniers monstres sacrés, oserait-on dire un dinosaure selon l’expression consacrée, de la chanson française des sixties/seventies à se produire encore sur les planches. Exit Johnny, Claude François, Dalida, Daniel Balavoine, Charles Aznavour et la plupart des Michel évoqués dans la chanson de Bénabar (j’espère que vous avez la référence). Dans ces circonstances, Polnareff fait figure de résistant avec Julien Clerc et quelques autres… Chapeau de cow-boy sur le crâne, veste imitation serpent, lunettes à grosse monture blanche et chevelure blond/gris abondante, l’homme est un point moins excentrique qu’à ses débuts (on ne va pas revenir sur l’épisode des affiches de Polnarévolution), mais on ne pourrait pas passer à côté sans le reconnaître. Il faut dire qu’en près de 60 années de scène (il a débuté en 1966), il a eu l’occasion de forger son image, son style et sa discographie. « Love Me, Please Love Me« , « La Poupée qui fait non« , « On ira tous au paradis », « Goodbye Marylou », « L’amour avec toi », « Qui a tué Grand’maman », « Lettre à France », « Radio », « Toi et moi », « Holidays », « Tout, tout pour ma chérie » … autant de titres qui font désormais partie de la mémoire collective. Et cela se remarque dans l’assistance. Ceux qui s’imaginent que le public de l’Amiral a vieilli avec lui sont loin du compte. De nombreux bambins sont présents avec des accessoires qui ne laissent planer aucun doute sur l’artiste qu’ils viennent voir en concert, la perruque blonde bouclée et les lunettes de soleil à bord blanc, soit le look adopté par maître Michel depuis 1971. Et oui, Michel Polnareff est intemporel. Il vient d’ailleurs de sortir un nouvel album fin avril, « Un temps pour elles ». Nous sommes bien loin pourtant de cette époque où il effectuait ses débuts en première partie des Beach Boys ou de Dalida. Désormais, et depuis bien longtemps à vrai dire, c’est bien lui qui tient le haut de l’affiche. Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
Wallace importe SLN et sa prose aux Francofolies de Esch.
Wallace Cleaver, de son vrai nom Léo Gond, est un rappeur français originaire de Saint-Laurent-Nouan, dans le Loir-et-Cher, né le 31 mars 1998. Il est aujourd’hui installé à Paris, une ville qu’il rejoint pour ses études à la Sorbonne, en droit, et pour se lancer pleinement dans la musique. A 13 ans, Wallace Cleaver commence à écrire ses premiers textes. Il en parle par exemple dans « Plus rien n’est grave » (2024), un titre qui s’apparente presqu’à un poème. « Maintenant qu’y a plus l’chant des oiseaux, j’reste des heures à penser sur le bancNos cœurs tapent sur l’battement du piano, pourquoi j’vois les débris dans le vent ?Pourquoi j’souris même quand je mens ? Ça explose, y a la guerre à la radioY a la mer, y a l’amour, y a le manque, y a la Terre, y a l’retour, y a le cardioÀ treize ans, j’rappais d’jà dans le champ, bientôt, j’marcherai cagoulé dans le centrePapi a du plomb dans le crâne, moi, j’ai des pavés dans le ventreJ’aimerais le voir depuis qu’il est parti, Léo p’tit veut savoir quand il rentreJ’aimerais lui dire comme il m’a appris, surtout à quel point il me manque » Son pseudonyme est le nom d’un personnage de la série télévisée Leave It to Beaver. S’il se montre discret dans les réseaux sociaux, il n’en demeure pas moins un artiste assez prolifique avec 3 albums et 4 EP’s et 5 années de présence artistique. On est loin de l’agressivité désormais régulièrement déversée dans le rap dit « moderne », avec des morceaux construits comme ce « SLN vie » qui fait écho à son enfance et les souvenirs qui y sont liés. J’retrouve un peu d’moi dans tous les yeux des passantsColère, y a l’amour, le doute et y a l’ennuiLe rap, ça rapporte bien l’argentMais ça rapporte un peu mieux les ennuisLes trous dans l’cœur, les mêmes peurs et la même vie,Et j’voulais qu’mes rêves d’enfant prennent vieJ’me souviens I’HLM, la maison, l’café crèmeLes doux sons d’KTM, c’tait la belle vieY a l’salon, puis y a le balaiEt maman s’casse le dos pour mille deuxLe ciel m’a dit qu’dans ses yeux il pleutÇa ressemble donc à ça l’paradis bleuMoi, j’veux l’Aston Martin et la FJ’ai déjà l’parking et l’adresseDe là où j’suis, j’vois tes jouesDeux fois par jour, qui s’assèchent Les yeux avouent toujours toutes les plus belles choses qu’on ne dit pasLes choses qu’on ne vit pas, les choses qu’on n’oublie pasLes yeux avouent toujours toutes les plus belles choses qu’on ne dit pasLes choses qu’on ne vit pas C’est la même vie, les mêmes nuitsLe ciel gris, SLN vieC’est la même vie, les ennuisJ’dis merci, SLN vie Entre IAM et Youssef Swatts, Wallace Cleaver représente une bulle d’air légère dans l’urbain qui évite le vitriole à bon escient, sans pour autant se détourner des sujets de société et en glissant quand même quelques « fils de p*** » ci et là. Extrait de la Hyène « On peut vivre et mourir dans la même secondeLes yeux vers le monde, est-c’que j’rêve quand la haine retombe ?J’arrive dans leur jeu comme PL-2 bombeDerrière la porte, j’attends l’avenir avec un bête de pompeJ’suis dans un rêve de réussite même si au loin j’entends qu’la louve grogneÀ ton avis, si chacun doit vivre pour son bif, pourquoi l’homme est un loup pour l’homme ?Y avait une armée dans mon cœur, dix ans qu’on s’bat, bientôt, on sera à court d’hommes » Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
S’il ne fallait en retenir qu’une… ce serait Yoa

Comme nous vous l’avons expliqué précédemment, nous étions, les 6, 7 et 8 juin, à Esch-sur-Alzette pour les Francofolies version luxembourgeoises. L’affiche était belle, le lieu bucolique et l’accueil sympa. Mais le point d’attrait principal d’un festival du genre, c’est de pouvoir allier artistes de renom et découvertes prometteuses. Nous pouvons vous dire qu’artistiquement, cette édition était d’un niveau de très haut vol. Le public était d’ailleurs ravi, malgré le passage par moments de nuages chargés de pluie. Chacun, fonction du genre de musique préféré, se fera son idée sur la prestation qu’il/qu’elle a préféré, mais de notre côté, il n’y a pas débat, une artiste nous a véritablement bluffé par la richesse de sa performance. Et pourtant, cette artiste n’était pas sur la scène principale. Elle est même venue sans musicien sur les planches. Mais avec ses copines danseuses, elle a capté l’assistance, par la profondeur de ses paroles, la précision de ses chorégraphies, la justesse de son humour… Cette perle se nomme Yoa. Ce n’est pas vraiment une inconnue pour nos voisins français puisque lors de la 40e cérémonie des Victoires de la musique, cette année donc, elle a remporté la Victoire de la révélation scène. Yoa, de son vrai nom Yoanna Bolzli, est une chanteuse, comédienne et metteuse en scène franco-suisse, née le 24 décembre 1998 à Paris d’un père suisse jurassien et d’une mère camerounaise. Très tôt, le cinéma et la musique occupent une place importante dans sa vie, notamment grâce aux cours de piano qu’elle suit dès l’âge de 7 ans. Mais avec la pandémie, et le confinement qui en a découlé, Yoa s’écarte des planches. Privée de cours, et surtout des revenus qui auraient pu découler de son activité de comédienne. Elle se tourne alors vers la musique, jusque-là considérée comme un hobby accessoire. C’est le 31 janvier 2025 que sort le premier album de Yoa, « La Favorite« , mais elle avait tout de même mis un pied à l’étrier un peu plus tôt, sortant 3 EP avant ce support un peu plus fourni. Ses textes sont fouillés, construits tel un récit épique, parfois humoristiques, souvent sarcastiques comme « Contre-cœur » ou « Chanson triste », mais elle peut aussi jongler avec les sonorités électro comme dans « Princesse Chaos » ou celles plus reggae de « Matcha Queen ». La matière brute est donc là, avec le répertoire, mais Yoa propose en plus un vrai show complet incluant des tableaux ou ses danseuses et elle montrent leurs aptitudes artistiques. Cela s’écoute, se regarde, s’apprécie car c’est très bien écrit et la chorégraphie est à la hauteur de la plume. Voici un extrait de Contre-cœur « Depuis qu’on est plus amiesJe sens comme un vide dans mon cœurQue tu as laissé par erreurJuste avant de prendre la fuiteDepuis qu’on est plus des sœursJe l’avouerais à contre cœurLa vie me fait presque un peu peurEt j’imagine toujours le pireDepuis qu’on est plus amiesJe crois que c’est plus fort que moiMais tous les jours je pense à toiSans même m’en rendre compte parfoisDepuis qu’on est plus des sœursLa peine me prend à contre cœurQuand je me perds pendant des heuresA chercher des photos de toi » Retrouvez les clichés du festival sur la page FB – ReMarck Photos.
La bonne pêche des Francos d’Esch.

Pour tous ceux qui ont des notions de géographie, non, Esch-Sur-Alzette ne possède pas d’accès à la mer et encore moins de port où des chalutiers pourraient venir déposer leur butin du jour, mais la ville organise depuis peu l’édition luxembourgeoise du célèbre concept des Francofolies qui, s’il a été initié en France métropolitaine, à La Rochelle, se décline désormais en de nombreuses versions à travers le monde (Belgique, Bulgarie, Canada, Nouvelle-Calédonie, Tahiti et La Réunion). Si le Luxembourg a tardé à rejoindre le mouvement, on peut dire que nos voisins ont vite trouvé leur rythme de croisière, proposant de nombreuses activités, toujours dans le respect de l’écologie, mais attirant surtout dans leurs filets de nombreux poissons, qu’ils soient connus… ou en passe de le devenir. Cette année, pas de méga star mondiale du format David Guetta pour soulever les foules (en 2024, lors de la venue du DJ / producteur qui enchaine les hits, le festival avait battu son record d’affluence avec 40 000 spectateurs) mais quelques belles pointures (Julien Doré, Michel Polnareff, Soprano, BigFlo et Oli…) et surtout de belles découvertes, car c’est aussi là que réside l’attrait de ce genre d’événements, vous vous déplacez pour un artiste en particulier, mais par hasard peut-être, ou sur conseils d’amis, vous assistez au show d’autres chanteurs / chanteuses dont certains vont certainement vous toucher. Des découvertes, nous en avons faites également, et nous vous en parlerons, évidemment, mais elles feront l’objet de reportages spécifiques. Abordons d’abord, ici, les généralités, sous forme de bilan. En 3 jours (6, 7 et 8 juin), les Francofolies d’Esch/Alzette ont accueilli 36 artistes / bands dont 34 sur le site du parc du Gaalgebierg et 33 000 festivaliers. « Le public était une fois de plus au rendez-vous, fidèle et nombreux, et surtout encore plus familial que les années précédentes » s’enorgueillit l’organisation. « On est venu en tribu, entre amis ou collègues, mais aussi avec ses enfants. C’est devenu un vrai rendez-vous intergénérationnel, un moment de transmission joyeux et complice autour de la musique. Le vendredi soir en particulier, les langues se croisaient, les accents se répondaient: un melting-pot vivant à l’image du Luxembourg, que les Francofolies veulent incarner pleinement » « Côté fréquentation, la diversité du public parle d’elle-même. 50% des spectateurs étaient luxembourgeois, 27% français, 20% belges, et 3% venaient d’autres pays européens, notamment d’Allemagne, d’Espagne ou du Royaume-Uni. Une réalité que l’on retrouve aussi dans les choix artistiques. Esch n’est pas un festival franco-francophone, c’est un carrefour musical ouvert, curieux et en résonance avec la diversité culturelle de la Grande Région ». Ces chiffres font écho à la présence des spectateurs, mais sur scène, on retrouvait également des représentants des trois plus grands pays cités précédemment, la Belgique envoyant comme « porte-drapeau » Hamza, Puggy, Rori, Lovelace et l’on pourrait même y ajouter Maehila vu que la jeune demoiselle a aussi des origines belges. Mais concrètement, les Francos à Esch, ça se passe comment ? Côté météo, nous n’avons pas été épargnés par la pluie, présente un peu tous les jours, et nous arrosant d’ailleurs copieusement durant la prestation de Soprano, mais nous connaissons cela dans notre plat pays, ce n’est donc pas un dépaysement, d’autant que les sourires et la bonne humeur des nombreux bénévoles réchauffe vite l’atmosphère. Nous tenons d’ailleurs à souligner l’implication de toutes ces personnes sans qui un tel événement ne saurait tenir la route. Nos remerciements iront à tous ces « grands rêveurs » (nom donné symboliquement aux bénévoles), avec un petite pensée supplémentaire pour le staff qui entourait la salle de presse évidemment. Revenons à nos moutons avec le site proprement dit. La quasi-totalité (deux soirées événements sont organisées extra-muros, à l’Escher Theater et à Kulturfabrik) des concerts se déroulent au parc du Gaalgebierg, en périphérie de la localité d’Esch-Sur-Alzette. Le parc est beau, arboré et fleuri à souhait, mais aussi vallonné. Il n’est pas sans rappeler le site de la Citadelle à Namur où se déroulaient jusqu’il y a peu les Solidarités. Ici, trois scènes se fondent dans le paysage, la main stage (grande scène), la scène du Jardin et celle de La Clairière. Un tel écrin de verdure possède les défauts de ses qualités et inversement… comprenez qu’il vous faudra prendre des chaussures adaptées, et peut-être un antihistaminique si vos allergies sont en rapport avec certains végétaux, mais que la vue est superbe et qu’elle colle à merveille aux idées écologiques promues par le festival. « Sur le plan environnemental, les Francofolies poursuivent leur engagement. La vaisselle et les gobelets réutilisables sont désormais la norme, le tri des déchets est facilité, et le public joue de plus en plus spontanément le jeu. Cette mobilisation collective est essentielle: elle permet de rendre le festival plus durable, sans sacrifier ni la qualité ni le plaisir. » Sur place, food-trucks et buvettes (construites avec des matériaux de récupération) sont présents en nombre, mais à des prix auxquels les Belges ne sont pas toujours habitués. Et oui, au Luxembourg les salaires sont plus élevés que par chez nous, mais les dépenses sont proportionnelles. Ainsi, un gobelet de bière vous coûtera 8 euros, sans la consigne (c’est du 500 ml, mais quand même), un hamburger 12 euros voire plus (et n’oubliez pas de charger le bracelet en tenant compte de la location de la vaisselle aussi). Autre spécificité du festival, il n’y a pas de parkings propres à l’événement et très peu de places disponibles à proximité. Une grande partie des places en ville est en effet « réservée » aux riverains les jours ouvrables (semaine + samedi) de 8 à 18h, l’emplacement étant toutefois accessible quand même, mais de manière payante, et avec un maximum de deux heures (voir selon zone). J’en vois qui soufflent déjà. Mais l’une des solutions est de profiter des transports en communs. Vous trouvez un emplacement en dehors de la ville, dans un parking de délestage, puis à vous la liberté en bus ou en train car l’offre est adaptée (le site n’est pas loin de la gare des bus où convergent toutes les lignes et