Moby poursuit sa lancée sur la démarche nostalgique :

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CREDIT PHOTO / AMY SUSSMAN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/GETTY IMAGES VIA AFP

En 15 titres, dont l’un n’est pas de lui mais bien de Neil Young, Moby grâce à « Resound NYC » continue à revisiter les plus beaux titres d’une carrière déjà bien riche et donne par la même occasion une suite à l’opus « Reprise » paru deux ans plus tôt, et qui avait connu un succès plus que d’estime si bien que la maison de disques avait opté pour sortir une seconde version remixée de cet album. Cette nouvelle relecture de grands standards qui sort en ce mois de mai, fait abstraction néanmoins de la forme symphonique traditionnelle de la musique orchestrale et donne à ces grands succès, un habillage à la fois bluesy, jazzy et même poppy, tout en renfermant des relectures qui ont été écrites ou enregistrées à New York, entre 1994 et 2010, à l’exception de la reprise inspirée par Neil Young, qui est un hommage vibrant à sa mère qui lui jouait ce morceau quand il était à peine âgé de 3 voire 4 ans. Après avoir collaboré au dernier album « L’Emprise » de son amie Mylène Farmer, que l’on retrouve d’ailleurs sur le dernier effort musical de Moby, par le biais du morceau « Hyenas », dont la première version remonte à 2018 sur l’album « Last Night », enregistré avec son groupe The Void Pacific Choir, Moby y développe ici une instrumentalisation ténébreuse à la sauce rock, tandis que Mylène Farmer déclame le poème « Jadis », que l’on doit à Arthur Rimbaud et qui est issu du recueil « Une saison en enfer », un tandem qui fonctionne par conséquent à la perfection lorsque l’on sait le goût immodéré de Mylène Farmer pour la poèsie. A quinze jours de son premier concert à Lille, Mylène Farmer est véritablement mise à l’honneur sur cet album, grâce à un second titre « Sleeping Away », que Moby lui avait proposé d’interprèter il y a quelques années et qui était déjà une relecture d’une première version parue sur l’album « Hôtel ».

Outre Mylène Farmer, Moby a décidé de bien s’entourer pour cet album commémoratif vu que l’on va pouvoir retrouver des invités prestigieux tels que Nicole Scherzinger, Gregory Porter, Ricky Wilson, Margo Timmins ou encore Amythyst Kiah, pour une réinvention d’une multitude de tubes qui reflètent une époque de la vie de Moby, mais aussi la ville natale dans laquelle il est né, une ville on ne peut plus emblèmatique vu qu’il s’agit de New-York. Au lieu de faire du neuf avec du vieux, Moby n’a pas souhaité donner à toutes les chansons le même traitement orchestré, mais de constituer un orchestre pour chaque chanson à l’aide d’éléments très traditionnels, mais aussi des vieux synthétiseurs analogiques mais aussi un Mellotron, pour un mélange de sonorités absolument modernes et des sons très traditionnels, qui donne à cette oeuvre musicale revisitée, un ton résolument libérateur et concluant.

Autre force de l’album, des chanteurs qui viennent d’horizons totalement différents et complètement inattendus, c’est ainsi que P.T. Banks se produit au sein d’un groupe texan qui loue ses services pour des mariages, tandis que Lady blackbird se dénote grâce à sa partie vocale qui sert admirablement le titre « Walk With Me », et le résultat final fut tellement surprenant que Moby s’est même forcé à réduire la partie instrumentale afin de surcharger les choses. Que dire également de Danielle Ponder, qui a contraint Moby à tout remettre sur le tapis concernant la reprise du titre « Run On », en bazardant tout ce qui avait été enregistré auparavant pour recentrer le morceau autour de la partie vocale. Pour ce qui est de sa reprise de Neil Young, Moby a opté pour l’aide de Margo Timmins des Cowboy Junkies et de Damien Jurado, afin de nous donner le goût savoureux d’une madeleine de Proust et de nous remémorer la première fois que Moby a entendu ce titre, tandis qu’il accompagnait sa mère à bord de sa Plymouth, avec cette chanson dans les oreilles qui envahissait les ondes.

Par le biais de son nouvel album, Moby jette un regard rétrospectif sur l’évolution de son oeuvre, mais aussi sur l’époque, un lieu et même une profonde transformation de notre monde et on ne peut s’empêcher d’y débusquer une certaine forme de mélancolie voire même une infinie tristesse et cela n’a rien à voir avec le fait que l’artiste avance dans l’âge, mais c’est surtout l’impression que les années 90’s regorgeaient de pas mal de possibilités et que lorsque l’on composait de la musique, c’était une façon de fêter également notre monde et de son potentiel, mais malheureusement vu l’état de ce dernier à l’heure actuelle, et plus particulièrement avec tout ce qui s’est passé au cours des dernières années, on se dit que l’ensemble de ces doux rêves se sont éloignés et que le constat n’est guère brillant.

Ceci étant dit, on ne va pas sortir nos mouchoirs de suite et on va se laisser captiver par ses relectures oniriques et enivrantes de Moby, qui vont nous faire passer un doux et lèger week-end de fête des mères, histoire aussi de nous faire oublier la météo maussade du moment, alors ne boudons pas notre plaisir et laissons nous emporter !.

CHRISTOPHE COCU (98)

Auteur ConFestMag
Président du fan club officiel de Mylène Farmer Belgique

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