DIEU N’HABITE PAS LA HAVANE

DIEU N’HABITE PAS LA HAVANE

Adaptation du roman de Yasmina khadra, publiée chez Michel Lafon
Au scénario : Véronique Grisseaux
Au dessin : Arnaud Floc’h
Couleurs : Christophe Bouchard

A Cuba, où le régime castriste semble s’essouffler, Juan del Monte Jovana, dit Don Fuego, est un chanteur en fin de carrière. A près de 60 ans, il chante toujours au Buena Vista Café, un cabaret qui comme lui voit sa jeunesse et sa gloire ternir. 

Comme de nombreux cubains habitués aux restrictions, Juan vit chez sa soeur et sa nombreuse famille, a du mal à comprendre son fils Ricardo, qui ne rêve que de partir, et voit peu sa fille Isabel, les liens avec son ex femme s’étant distendus. 

Son seul ami, c’est Panchito, un ancien trompettiste, vieil homme solitaire qui vit avec son chien. 

C’est un homme désabusé, en pleine crise existentielle. Un soir, il croise Mayensi, une jeune fille rousse très belle, qui fuit son passé, mais aussi elle-même. 

Emu par sa détresse, Juan l’emmène chez sa soeur. Il est de plus attiré par Mayensi, et contre toute attente, l’amour, la vitalité et la passion qu’il croyait ne plus jamais éprouver, renaissent en lui. 

Entre espoir et fatalisme, il y a de la place pour une parenthèse enchantée, inattendue, passionnée, qui dure le temps d’un été.

Je n’ai pas lu ce roman-là de Yasmina Khadra, mais l’adaptation de Véronique Grissaux me restituent la couleur, la musicalité des mots de cet écrivain que j’aime particulièrement et qui continue de creuser son thème de prédilection : le choix.

Et cette croisée des chemins – dans ce personnage de Juan,  Don Fuego, qui voit s’étioler sa jeunesse et sa gloire et renaît en rencontrant l’amour qu’il n’attendait, ni n’espérait plus – ne pouvait que séduire Arnaud Floc’h, lui qui a signé en tant que scénariste avec Grégory Charlet comme dessinateur,  « Le carrefour » sorti en 2016 chez Grand Angle. 

Il réussit à faire passer cette langueur, cette moiteur, cette attente entre résignation, espoir et philosophie, sans jamais avoir mis les pieds à Cuba, preuve que l’imagination collective, ou mythe ou fantasme comme vous préférez, est parfois presque plus réelle que la réalité. 

Avec l’accord de Yasmina Khadra, Arnaud Floc’h a modifié la fin de l’histoire initiale, pour terminer sur une autre représentation de l’espoir. Et c’est d’autant plus fort parce qu’il choisit de le faire avec Panchito, le vieux sage solitaire, qui rappelait quelques pages plus tôt : “on ne sait pas pourquoi on vient au monde, ni pourquoi on le quitte et le chagrin n’explique pas grand chose”

Delphine Freyssinet (18)

Journaliste
https://rcf.fr/delphine-freyssinet

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